Reste avec ton assistant, moi je décolleChapitre 2
Environ 5 000 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.
Le message était accompagné d’une série de consignes pour l'installation.
J'ai tout lu attentivement, puis j'ai commencé à faire mes cartons.
Puisque mon départ était acté, autant trier mes affaires moi-même plutôt que de laisser Jacqueline et Eric tout jeter comme des déchets.
J'ai sorti ma guitare personnalisée, rangée dans son étui depuis des années. J’ai effleuré les cordes : le son était toujours impeccable.
Jacqueline savait que j'adorais la musique. On s'était d'ailleurs rapprochés lors d'un concert étudiant sur le campus.
À cette époque, je lui jouais souvent ses morceaux préférés. On partait en road-trip le week-end, à sillonner les routes de campagne et les sentiers de randonnée.
Mais avec les années, la réalité du monde du travail nous avait rattrapés, et la pression du quotidien avait tout écrasé. Jacqueline ne voulait plus m'entendre gratter une seule corde. J'avais donc tout remisé au placard pour me tuer à la tâche.
Plus tard, notre situation financière s'était améliorée, mais elle, elle s'était éloignée de plus en plus.
Un jour, je lui avais proposé de partir en voyage en amoureux. Elle avait soupiré, agacée :
« Lawrence, t'as quel âge sans déconner ? Arrête d'agir comme un ado. Concentre-toi sur ta carrière, tu veux ? »
Quelques mois plus tard, j'avais découvert que sous prétexte de voyages d'affaires, elle et Eric écumaient les salles d'arcade, s'enfermaient pour jouer ensemble aux jeux vidéo et louaient même des barques sur les lacs.
Le problème n'était pas qu'elle se trouvait trop vieille pour ces bêtises.
Elle me trouvait juste, moi, trop vieux.
J'ai rassemblé tous mes instruments et j'ai appelé un pote qui rêvait de me les racheter depuis longtemps.
Quand il a compris que je les lui donnais, il est tombé des nues : « T’es sérieux ? Tu refusais de me les lâcher même pour une fortune. Qu'est-ce qui te prend tout d'un coup ? »
Je lui ai répondu simplement :
« Je pars vivre à l'étranger. Je ne peux pas m'encombrer de tout ça. »
« Tu pars à l'étranger ? »
Il était sous le choc. « Avec Jacqueline ? »
« Non. Tout seul. »
Je lui ai résumé la situation de ma mutation. Mon pote est resté sans voix un moment, puis il a insisté pour qu'on aille boire un verre pour marquer le coup.
J'ai accepté sans hésiter.
Après avoir raccroché, j'ai continué à vider l'appartement.
Jacqueline avait toujours voulu dégager le mur de photos. Elle ne supportait plus nos figurines de couple achetées en vacances, notre canapé deux places assorti, nos bagues gravées...
Sans que je m'en rende compte, la nuit était déjà tombée.
Même si je possédais peu de choses, cinq années de vie commune ne s'effaçaient pas en une simple après-midi.
Jacqueline n'était toujours pas rentrée.
Je n'ai pas préparé le dîner en l'attendant comme un idiot, à lui envoyer des messages pour savoir à quelle heure elle comptait rentrer.
J'ai attrapé mon manteau et je suis allé retrouver mes potes au bar.
On était trois ou quatre, et on ne s'était pas vus depuis près d'un an. En me voyant débarquer, ils ont tous écarquillé les yeux.
« Mec, tu fais un régime ? T'as l'air tellement plus maigre que l'année dernière. »
J'ai esquissé un sourire sans entrer dans les détails.
Après deux ou trois verres, l'ambiance s'est détendue et la discussion est devenue plus franche.
Quand le sujet de mon départ est arrivé sur la table, l'un de mes potes, un peu éméché, a fini par exploser de colère pour prendre ma défense :
« Lawrence, ça fait des lustres que je me retiens de te le dire. Tu aurais dû plaquer Jacqueline depuis une éternité ! Regarde dans quel état tu es. Elle t'a complètement détruit à petit feu !
Si elle ne s'était pas approprié tes recherches et tes dossiers, ta carrière aurait explosé. Elle ne mériterait même pas son poste actuel sans ton travail ! On a tous essayé de t'ouvrir les yeux, mais tu refusais d'écouter. »
Les autres ont immédiatement essayé de le faire taire.
« Fais pas attention, il a trop bu », a bredouillé l'un d'eux en lui mettant une main sur la bouche pour s'excuser auprès de moi.
Je comprenais parfaitement sa réaction.
Par le passé, je montais au créneau pour défendre Jacqueline à la moindre remarque.
Si nous étions restés si longtemps sans nous voir, c'est précisément parce qu'ils l'avaient critiquée devant moi un soir. Je m'étais emporté et j'avais claqué la porte. Mais avec le recul, cet épisode m'avait enfin permis de mesurer à quel point Jacqueline s'était servie de moi.
« C'est bon, les gars. Jacqueline et moi, c'est terminé. »
Sur ces mots, j'ai levé mon verre sous leurs regards médusés. « Merci d'avoir essayé de me secouer à l'époque. Je bois à votre santé. »
Au début, mes potes craignaient que je sois dévasté et cherchaient leurs mots pour me réconforter. Mais en voyant mon visage parfaitement calme et apaisé, ils ont fini par pousser un soupir de soulagement.
Après la soirée, je suis rentré à l'appartement. J'allais insérer la clé dans la serrure quand la porte s'est ouverte d'un coup de l'intérieur.
Jacqueline se tenait là, appuyée contre le chambranle, l'air visiblement contrariée.