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Chapitre 2 / 3 · 0 %

Trop sale pour être aiméeChapitre 2

Environ 6 500 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.

Le lendemain matin, un coup de fil urgent du travail a obligé Papa à partir aux aurores.

Avant de partir, il a glissé le tube sous mon oreiller en me suppliant de m'en mettre.

J'ai fixé le tube pendant de longues minutes.

Finalement, je l'ai pris et je l'ai caché dans une boîte en fer sous mon lit.

Cette boîte contenait toutes les crèmes prescrites que je n'avais jamais osé utiliser.

Et un petit carnet intime.

J'ai ouvert le carnet et gribouillé au crayon de papier :

*Maman n'aime pas l'odeur de la crème. Pour lui faire plaisir, je n'en mettrai plus.*

Je pensais naïvement que si je restais « propre », Maman finirait par m'aimer. Par me serrer dans ses bras.

Mais j'avais tout faux.

Sans traitement, mon eczéma a explosé avec une violence inouïe.

Des plaques entières de ma peau sont devenues écarlates, couvertes de vésicules. La lymphe suintait et collait mes vêtements à mes plaies. Le moindre geste m'arrachait la peau et m'envoyait des décharges électriques dans tout le corps.

Je vivais dans l'angoisse que Maman le découvre.

Je me suis mise à porter des pulls épais et des pantalons larges, emmitouflée en permanence.

À table, je m'asseyais le plus loin possible d'elle.

Dans les couloirs, je rasais les murs pour ne jamais la frôler.

Mais ce manège a fini par éveiller ses soupçons.

Le mardi après-midi, notre aide ménagère, Mme Mercier, est venue pour le grand nettoyage.

Elle était la seule personne qui n'avait pas peur de ma peau.

À l'époque où elle venait tous les jours, elle me préparait en cachette des infusions apaisantes pour calmer mes démangeaisons.

Mais Maman l'avait renvoyée de son poste à temps plein, prétextant qu'elle n'était « jamais assez méticuleuse ». Elle ne la laissait venir qu'une fois par semaine pour les corvées lourdes.

Mme Mercier m'a vue couverte de couches épaisses, le visage blafard. Elle m'a demandé tout bas : « Élise, ma puce, tu te sens bien ? Pourquoi tu as mis autant d'épaisseurs ? »

J'ai secoué la tête, terrorisée.

Maman, qui passait l'aspirateur, a coupé le moteur.

« Pourquoi elle serait malade ? Elle fait encore ses caprices, oui. »

Elle s'est avancée, son regard perçant me scannant de haut en bas.

« Élise, remonte tes manches. »

« Maman… j'ai froid. »

« Le chauffage est allumé. Comment tu peux avoir froid ? » a-t-elle ricané. « Je compte jusqu'à trois. Un, deux… »

Je me suis mise à trembler, les larmes aux yeux.

Mme Mercier n'a pas supporté. Elle a tenté de s'interposer : « Béatrice, elle couve peut-être quelque chose. Laissez-moi l'emmener dans sa chambre pour l'aider à se changer. »

« Mêlez-vous de vos affaires ! »

Maman m'a attrapé le poignet et a violemment tiré ma manche vers le haut.

Le tissu a arraché la peau collée, dévoilant l'horreur.

Tout mon avant-bras n'était qu'une plaie béante.

Gonflé, à vif, suintant d'un liquide jaune et recouvert de croûtes épaisses et purulentes.

On aurait dit de la viande avariée.

« Aaaah ! »

Maman a poussé un hurlement déchirant et a rejeté mon bras avec dégoût.

Elle a titubé en arrière, livide.

Mme Mercier a plaqué ses mains sur sa bouche, horrifiée : « Mon Dieu ! Élise ! Qu'est-ce qui est arrivé à ton bras ?! »

Elle a voulu s'approcher pour m'examiner.

Mais Maman s'est interposée, complètement hystérique.

« Ne la touchez pas ! Elle est blindée de bactéries ! C'est contagieux ! »

Elle m'a pointée du doigt, le visage déformé par la haine.

« Espèce de monstre dégueulasse ! Pourquoi tu n'as rien dit ?! Tu voulais transformer ma maison en nid à microbes ?! »

Je me suis recroquevillée, en larmes : « Maman, non… c'est pas vrai… »

« Ne me mens pas ! »

Elle s'est ruée dans la salle de bain, a saisi une bouteille d'alcool à 90 degrés, a dévissé le bouchon et l'a vidée d'un coup directement sur ma chair à vif.

« AAAAAAAH ! »

Un cri inhumain a jailli de ma gorge.

L'alcool s'est infiltré dans chaque plaie ouverte. C'était comme si on m'enfonçait des milliers d'aiguilles incandescentes dans la moelle des os.

Je me suis effondrée par terre, me tordant de douleur, incapable de respirer.

« Maman ! Ça brûle ! Pitié, ça fait trop mal ! »

« Il faut que ça fasse mal ! Je te désinfecte ! Tu ne répandras pas ta crasse chez moi ! »

Paniquée, Mme Mercier s'est jetée en avant et a réussi à arracher la bouteille des mains de ma mère.

« Béatrice ! Vous avez perdu la tête ?! Arrêtez ! Vous allez la tuer ! »

« Lâchez-moi ! » Maman l'a repoussée violemment.

« On est chez moi ! J'éduque ma fille comme je veux ! Vous n'avez aucun droit d'intervenir ! »

Mme Mercier a vacillé, manquant de tomber.

Elle a regardé cette femme délirante, puis moi, agonisant au sol. Ses yeux se sont remplis de larmes.

« Béatrice, ça ne peut plus durer ! Élise doit aller à l'hôpital ! Vous êtes en train de la massacrer ! »

« La massacrer ? » Maman a éclaté d'un rire sans joie, effrayant.

« Regardez-la ! Sa vie n'est qu'une malédiction ! Je suis en train de la sauver ! Je la rends propre ! »

Elle a jeté la bouteille vide, a couru vers le placard et en a sorti une brosse à récurer en chiendent, à poils rigides.

« Je vais t'arracher cette crasse du corps une bonne fois pour toutes ! »

En voyant cette brosse, mon cœur a cessé de battre.

C'était celle qu'elle utilisait pour décaper les joints des toilettes. Les poils étaient aussi durs que du fil de fer.

Elle voulait frotter mes plaies ouvertes avec ça.

« Non ! Maman ! Pitié ! Non ! »

J'ai rampé en arrière sur les mains et les genoux pour fuir.

Mme Mercier s'est jetée aux jambes de ma mère : « Béatrice, je vous en supplie ! Arrêtez ! C'est votre propre fille ! »

« Et alors ?! » a hurlé Maman, complètement déconnectée de la réalité.

« Il n'y aura aucune tache dans ma vie ! Et elle, c'est la pire de toutes ! »

Elle a repoussé Mme Mercier d'un coup de pied et a levé la brosse au-dessus de moi.

J'ai fermé les yeux, résignée à mourir.

C'est à cet instant précis que la porte d'entrée s'est ouverte avec fracas.

Papa était là.

Il a balayé la scène du regard, pétrifié.

La seconde d'après, un rugissement bestial est sorti de sa gorge. Il a foncé, a arraché la brosse des mains de Maman et l'a projetée à l'autre bout de la pièce.

« Béatrice ! Mais bordel, qu'est-ce qui te prend ?! »

Le mur en a tremblé.

Maman est restée figée, désarçonnée par sa violence.

Sans lui accorder un regard de plus, Papa s'est laissé tomber à genoux et m'a doucement hissée contre son torse.

En voyant mes bras ensanglantés, ses larmes se sont mises à couler.

« Élise… mon dieu, Élise… »

Il m'a serrée fort et s'est élancé vers la sortie comme un fou.

« Mme Mercier, appelez les urgences ! Tout de suite ! »

C'est la dernière chose que j'ai entendue avant que tout devienne noir.