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Chapitre 2 / 3 · 0 %

Tu as élevé la fille de ton frèreChapitre 2

Environ 3 000 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.

L’un des doyens de la famille s’est raclé la gorge pour tenter de ramener l’ordre.

« Un peu de silence ! » a-t-il tonné.

Le calme est progressivement revenu et tous les regards se sont tournés vers lui.

Il a regardé Bertrand.

« Bertrand, c’est toi qui as organisé cette réunion de famille. De quoi s’agit-il ? »

Bertrand a pris une profonde inspiration pour se donner du courage.

Il a passé un bras autour des épaules de Géraldine, jouant les amoureux dévoués.

« J’ai une annonce importante à faire aujourd’hui. »

Il a marqué une pause et balayé l’assemblée du regard avant de poser les yeux sur Pauline et moi.

Je l’observais sans rien dire, curieuse de voir quel numéro il allait nous servir.

« Pauline… n’est pas la fille biologique d’Angèle. »

Il n’avait pas parlé fort, mais ses paroles ont fait l’effet d’une bombe dans le salon.

Pauline s’est brusquement tournée vers moi, les yeux écarquillés.

Je lui ai fait signe de rester calme.

Les proches ont aussitôt commencé à chuchoter. On aurait dit un banc de piranhas flairant le sang.

« Il y a vingt-cinq ans, quand nous avons eu recours à la FIV… »

Bertrand s’est interrompu, comme si le sujet était douloureux.

« Le médecin nous a dit que les ovocytes d’Angèle étaient de très mauvaise qualité. »

« Pour lui épargner la douleur de ne jamais devenir mère, je les ai secrètement remplacés par ceux de Géraldine… »

Quelle blague. Ce minable avait commis une fraude médicale et tentait maintenant de se faire passer pour un saint en me traînant dans la boue !

Bertrand m’a lancé un regard mauvais. Il attendait visiblement que je perde les pédales et me mette à hurler.

Mais je suis restée parfaitement calme. Il n’a eu d’autre choix que de poursuivre son numéro.

« Je vous ai tous réunis aujourd’hui pour que vous soyez témoins… »

Il a plongé les yeux dans ceux de Géraldine.

« … du moment où Pauline reconnaîtra enfin sa mère biologique. »

Le salon s’est embrasé.

« Si Pauline n’est pas la fille d’Angèle, elle doit reconnaître sa vraie mère ! »

« Exactement ! Angèle ne pouvait même pas avoir d’enfant, mais elle s’accroche au nom des Delcourt depuis toutes ces années ! »

« Ça fait des décennies qu’elle contrôle les actifs du groupe Delcourt. »

« Maintenant qu’on connaît la vérité, elle devrait quitter le conseil d’administration sur-le-champ ! »

Leurs bavardages ne m’inspiraient qu’un profond amusement.

Au fil des années, j’avais écarté tous ces proches cupides de la direction du groupe.

Ils devaient se contenter de leurs dividendes annuels, et ils me détestaient pour ça.

À présent, ils jubilaient à l’idée de voir Bertrand me faire tomber. Ils n’auraient plus qu’à se jeter sur les morceaux de l’entreprise.

Pauline a vu la cupidité dans leurs yeux et resserré sa main sur la mienne.

J’ai pris la parole.

« J’ai mis Pauline au monde. C’est ma fille, et elle le restera toujours. »

Ma voix était basse, mais elle a imposé le silence.

Géraldine a pris un air éploré et impuissant.

« Tu comptes te voiler la face encore longtemps, Angèle ? »