Tu as élevé la fille de ton frèreChapitre 3
Environ 3 000 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Je ne me voilais pas la face. Pauline était bel et bien ma fille biologique.
Bertrand et Géraldine croyaient-ils vraiment m’avoir dupée ?
Vingt-cinq ans plus tôt, Bertrand avait trop peu de spermatozoïdes. Nous avions décidé de tenter une FIV.
Avant la fécondation, je l’avais surpris avec une infirmière corrompue en train de manipuler les échantillons à l’endroit où étaient conservés mes ovocytes.
Je l’avais même entendu appeler Géraldine, tout excité, pour lui annoncer que ses ovocytes avaient bien remplacé les miens.
Je n’avais pas fait de scène.
J’avais simplement donné un million d’euros au médecin, en toute discrétion, pour qu’il remette mes véritables ovocytes à leur place.
Et, en guise de petit « cadeau », je lui avais demandé de remplacer le sperme de Bertrand par celui de mon ex, Adrien.
Le jour de la fécondation, Bertrand et moi avions assisté ensemble au « miracle ».
Il rayonnait de bonheur, persuadé que cet enfant serait le sien et celui de Géraldine.
Je me souvenais encore de son sourire idiot. Intérieurement, j’en riais à m’en étouffer.
Pendant vingt-cinq ans, je l’avais regardé couvrir Pauline d’attentions, tel un clown persuadé d’élever l’enfant rêvé avec sa maîtresse. Je ne m’étais jamais autant divertie.
Bertrand m’a arrachée à mes souvenirs avec un rictus méprisant.
« Tu peux nier autant que tu veux, Angèle. Pauline est peut-être sortie de ton ventre, mais ce n’étaient pas tes ovocytes ! »
« Sa mère biologique, c’est Géraldine. »
J’ai répondu d’un ton neutre :
« Tu rêves ou quoi ? »
« Si tu ne me crois pas, on peut faire un test ADN tout de suite ! » a-t-il rétorqué.
« Et je divorce ! »
« On m’a forcé à t’épouser. J’ai passé vingt-cinq ans avec toi, j’en ai fait bien assez pour toi ! »
Une joie éclatante a traversé son visage à l’annonce du divorce. Il attendait ce moment depuis très longtemps.
Il en avait fait « bien assez » pour moi ?
J’avais été mariée à cet homme pendant vingt-cinq ans, et pendant vingt-cinq ans, j’avais vécu comme une veuve.
Pendant que j’élevais seule notre enfant, il passait des nuits romantiques avec Géraldine.
Pendant que je m’épuisais à maintenir le groupe Delcourt à flot, il dilapidait l’argent de la famille en boîte de nuit.
Mais il se trompait sur un point. Je ne l’avais épousé que pour porter le nom des Delcourt et prendre les commandes de leur empire.
Désormais, le groupe était entièrement sous mon contrôle.
Bertrand ne m’était officiellement plus d’aucune utilité.
« Va pour le divorce », ai-je répondu en haussant les épaules.
« Mais le test ADN est inutile. Je suis certaine à cent pour cent que Pauline est ma fille. »
Pauline m’a regardée avec assurance.
« Je te crois, maman. »
Bertrand et Géraldine ont paniqué.
« Pauline, tu ne crois pas ton propre père ? »
Elle l’a ignoré et est restée tout contre moi.
À cet instant, un jeune homme qui devait avoir l’âge d’un étudiant a fait irruption par la porte d’entrée.
Il a foncé droit vers Pauline et s’est écrié avec enthousiasme :
« Pauline ! »
Tout le monde s’est figé.