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Oups, mon crush virtuel est mon patronChapitre 2

Environ 5 900 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.

Après ce suicide social en direct, je suis devenue la risée de toute l'entreprise.

Sur le groupe WhatsApp des employés, on n'a parlé que de moi tout l'après-midi.

« Vous avez vu le coup d'Olivia du pôle stratégie ? »

« MDR, même le boss a des groupies maintenant ! »

« Mais il n'est pas avec l'actrice Victoria ? Olivia essaie de jouer les briseuses de couple ou quoi ? »

« Elle est mignonne alors elle s'est dit qu'elle pouvait tenter un raccourci. Résultat : crash en plein vol ! »

« Et si elle voulait juste envoyer ça à son mec et qu'elle s'est vraiment trompée ? »

« Impossible. Je suis dans son équipe et elle n'a jamais parlé d'un mec. Jamais vu quelqu'un lui livrer des fleurs ou venir la chercher le soir. Et puis même, comment tu confonds la photo de profil ? Elle n'est pas aveugle ! Ça ne tient pas debout ! »

« Haha, quelle manipulatrice ! Les jolies filles ont toujours un coup d'avance. Elle s'imaginait déjà devenir la femme du patron. »

Après avoir lu ces messages en sous-marin, j'allais déprimer dans mon coin quand Margaux a débarqué avec fracas : « Vous en avez de la gueule derrière vos écrans ! Vous passez votre temps à braire comme des ânes. Si vous vous ennuyez autant avec vos bouches, allez récurer les toilettes au lieu de baver sur les gens ! Dégagez !! »

Aussitôt, un donneur de leçons du groupe a répliqué : « Tes propos sont beaucoup trop agressifs. La culture de notre entreprise repose sur la bienveillance. Pas besoin d'être aussi violente. Si les messages ne te plaisent pas, tu n'as qu'à les ignorer. »

Margaux : « Dégage toi aussi ! »

« On est collègues après tout. Pourquoi tant d'animosité ? Tu ne pourrais pas être un peu plus polie ? »

Margaux s'est montrée très conciliante : « D'accord. Veuillez dégager, s'il vous plaît ! »

Le groupe s'est calmé quelques minutes, puis une rumeur s'est mise à circuler disant que j'avais un crush secret sur Alexandre.

Ça m'a fait rire tellement j'étais énervée. J'ai tapé sèchement : « Tout à fait. À mon apogée, je pouvais avoir des crushs sur quatre-vingts personnes en un seul trimestre. »

« Au passage, je suis au bout du rouleau et particulièrement susceptible. Laissez-moi inventer les rumeurs moi-même, vous manquez cruellement de talent. »

Cette nuit-là, incapable de dormir à cause de la frustration, j'ai tout raconté à ma meilleure amie. Elle a tellement ri qu'elle en tapait sur son matelas : « Fais gaffe à pas recommencer. J'ai trop peur qu'il tombe amoureux de toi. Il va se dire : "Elle m'a appelé mon cœur, je dois prendre soin d'elle." Tu ferais quoi dans ce cas-là ? »

« Il a l'air d'avoir une copine, et tu n'imagines pas la férocité avec laquelle il m'a aboyé dessus pour que je sorte ! »

Son « Dehors » tournait en boucle dans ma tête. Plus j'y pensais, plus j'étais persuadée qu'il me haïssait.

Après mûre réflexion, j'ai décidé de lui présenter des excuses formelles.

« Monsieur, j'aimerais vous parler »

« ??? J'ai une petite amie. Je l'aime à la folie. Si vous cherchez à discuter, trouvez quelqu'un d'autre. Laissez-moi tranquille et ne venez plus m'embêter. »

« Non, monsieur, laissez-moi vous expliquer. J'étais pressée et j'ai manqué de clarté… »

Mon message s'est heurté à un gros point d'exclamation rouge. Il n'était plus dans mes contacts.

Il m'avait bloquée et supprimée !

Génial. J'avais officiellement offensé le grand patron.

Après une nuit blanche passée à ressasser, je suis arrivée en retard le lendemain matin et je me suis fait choper direct.

Tout ça par flemme : même en retard, j'avais tenu à attendre l'ascenseur. Manque de chance, la porte de l'ascenseur privé juste à côté s'est ouverte, et je me suis retrouvée nez à nez avec lui.

Et pour couronner le tout, j'ai surpris Victoria accrochée à son bras, en train de faire des manières.

Le sourire sur le visage d'Alexandre s'est immédiatement volatilisé. Il a jeté un coup d'œil à sa montre : « Neuf minutes et cinquante secondes. »

Comme par hasard. Non seulement j'avais dix minutes de retard, mais j'interrompais en plus son moment intime. Évidemment qu'il allait être furieux.

J'ai vite fait profil bas : « Je suis désolée, monsieur Vance. Je ne regarderai plus la prochaine fois. Si ça se reproduit, vous pourrez m'arracher les yeux. »

Alexandre a froncé les sourcils, visiblement irrité.

J'ai continué à battre ma coulpe : « Je ne serai plus en retard non plus. Si je recommence, vous pourrez me retirer ma prime d'assiduité. »

« Pas la peine. »

« Vous êtes trop bon, monsieur… »

« Pas la peine d'attendre la prochaine fois », a-t-il coupé net avant de se tourner vers son assistant : « Dis à la compta de lui retirer trois cents euros sur sa prime. »

« Mais le règlement autorise un ou deux retards par mois ! J'ai toujours été en avance jusqu'ici, jamais en retard ! »

« En effet. Jusqu'ici, on fermait les yeux. Mais aujourd'hui, j'ai vu votre retard de mes deux yeux. »

« … »

Tout ça parce que je l'avais vu roucouler avec sa meuf ?

Était-ce vraiment nécessaire de s'acharner sur moi comme ça !

Je ne le pensais vraiment pas aussi mesquin !

L'après-midi, lors du point d'avancement des projets, il a commenté le travail de chacun. Arrivé à mon tour, il n'a pas dit un seul mot. Il ne m'a même pas accordé un regard avant de passer au rapport suivant. Son mépris envers moi crevait les yeux.

Juste avant l'heure de partir, ma cheffe d'équipe a balancé sur mon bureau le dossier que j'avais rendu quelques jours plus tôt.

« Olivia, le patron a rejeté ta proposition. »

J'ai soupiré : « Il a précisé ce qui n'allait pas ? Que je puisse corriger. »

« Il a dit que c'était bon à jeter, inutilisable. Fais des heures sup ce soir et recommence tout depuis le début. »

Il y avait tellement de monde dans cette réunion, et il avait osé qualifier mon travail de déchet devant tout le monde ?

C'était trop !!

J'ai serré les lèvres, la gorge nouée par l'amertume.

Qu'il me retire du fric, passe encore ! Mais qu'il méprise mes compétences professionnelles ! Sale capitaliste sans cœur !