J’ai divorcé, et je n’ai plus jamais eu peurChapitre 3
Environ 4 400 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
J’ai appuyé la tête contre l’appuie-tête, une main posée sur le ventre. La douleur ne s’était pas calmée. Elle était devenue plus vive, plus nette.
Il était presque vingt-trois heures quand j’ai franchi la porte de chez nous.
Je me suis effondrée sur le lit, trop épuisée pour me changer, trop lasse pour me démaquiller, incapable de faire quoi que ce soit.
Notre grand lit me paraissait immense. Seule au milieu, j’avais l’impression de me trouver dans un désert.
Ethan ne m’avait pas envoyé le moindre message.
Pas de « Tu es bien rentrée ? », pas de « Tu as encore mal au ventre ? ». Pas un mot d’explication.
Son silence était déjà une réponse.
J’ai déverrouillé mon téléphone et ouvert notre conversation. Mon dernier message datait encore de cet après-midi : Je viens de partir, vous êtes où ?
Il avait répondu : On est déjà là. Installe-toi en arrivant.
En remontant, j’ai retrouvé un message où je lui demandais ce qu’il voulait manger le soir. Sa réponse : N’importe.
Plus haut encore, je lui proposais d’aller au cinéma le week-end. Il avait répondu : On verra.
Au fil des mois, nos échanges étaient devenus plus courts, plus froids, plus mécaniques.
Pourtant, j’avais ignoré tous les signes. Ou plutôt, je lui avais trouvé des excuses : il est stressé. Il a trop de choses à gérer. Son travail l’épuise.
J’ai retourné mon téléphone, puis je me suis tournée sur le côté pour enfouir mon visage dans l’oreiller.
Le tissu sentait encore ma lessive préférée, à la lavande.
Une pensée m’a traversée. En plus de trois ans de mariage, nous n’avions jamais réussi à avoir d’enfant.
Ce n’était pas faute d’en vouloir un. Je ne tombais tout simplement pas enceinte.
J’avais passé tous les examens possibles à la clinique. Le médecin m’avait assuré que je n’avais aucun problème physique et m’avait conseillé de me détendre, de limiter mon stress.
Ethan avait lui aussi passé des examens. Tous ses résultats étaient normaux.
Pourtant, les mois passaient et rien ne venait.
Combien de fois m’étais-je endormie en pleurant à cause de ça ? Chaque fois que des amis annonçaient une naissance sur les réseaux, j’avais l’impression qu’on me plantait des aiguilles dans le cœur.
Je culpabilisais envers Ethan, envers ses parents. J’étais persuadée que le problème venait de moi, que quelque chose ne fonctionnait pas dans mon corps.
À chaque fête de famille, à Noël comme aux autres grandes occasions, sa mère glissait des allusions : Toujours pas de bonne nouvelle ? Tu t’es renseignée sur la spécialiste des méthodes naturelles dont je t’ai parlé ? Il paraît qu’elle fait des miracles.
Chaque fois, je me forçais à sourire en répondant : Bientôt, j’espère. Puis je m’éclipsais dans la salle de bains pour essuyer mes larmes.
Avec le recul, tout cela ressemblait à une mauvaise blague.
Pendant que je me noyais dans la culpabilité, persuadée d’avoir déçu notre famille, lui jouait au petit couple avec une autre.
Avant de comprendre qu’il me trompait, je m’étais torturé l’esprit pour savoir ce que j’avais fait de mal, ce qui l’avait rendu si distant.
Désormais, je n’avais plus à me poser la question. La réponse sautait aux yeux : je n’avais rien fait de mal. Il ne voulait simplement plus de moi.
Il était temps de mettre fin à ce spectacle pitoyable dont j’étais la seule actrice.
Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé avant que j’entende une clé tourner dans la serrure.
Ethan était rentré.
J’ai fermé les yeux et régularisé ma respiration pour faire semblant de dormir profondément.
Le matelas s’est affaissé à côté de moi quand il s’est couché.
Il ne m’a pas touchée. Pas même un effleurement hésitant du bout des doigts. Un espace froid de soixante centimètres nous séparait, délibérément.
Je sentais l’alcool sur lui, mêlé à un parfum discret, trop sucré, qui appartenait à quelqu’un d’autre.
Je ne connaissais pas cette odeur, mais j’étais certaine d’une chose : ce n’était pas son eau de toilette habituelle au bois de santal.
Il n’a rien dit. Aucune explication. Pas la moindre trace de culpabilité.
Il faisait comme si de rien n’était.
Sa respiration est devenue lente et profonde. Il avait vraiment réussi à s’endormir comme ça.
Peut-être attendait-il depuis le début que je le découvre. Que j’aborde moi-même le sujet, pour lui éviter d’endosser le rôle du salaud.
À cette pensée, un calme soudain m’a envahie.
« Tu couches avec elle ? »
Le silence a pesé dans l’obscurité pendant quelques secondes.
« On est ensemble depuis un an. »
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