Aller au contenu
Blogrolle FeuilletonRomans en feuilleton

Chapitre 2 / 3 · 0 %

Quand il a enfin voulu me pardonner, j'étais déjà morteChapitre 2

Environ 4 700 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.

C'était de moi qu'il parlait.

J'ai baissé les yeux. Je ne méritais même plus qu'il prononce mon nom.

L'un des agents de sécurité a fait son rapport :

— Monsieur Leroy, quand nous sommes arrivés, il n'y avait que la petite dans l'appartement.

Léna s'est libérée de leur emprise et a couru s'accrocher à la jambe de Thomas.

— Monsieur, les méchants m'ont attrapée.

J'étais sous le choc.

Léna n'avait vu Thomas que deux fois dans sa vie.

Elle ne savait pas que cet homme était le père qui refusait de l'installer dans sa vie.

Mais les liens du sang sont mystérieux ; elle lui faisait instinctivement confiance.

Thomas a semblé agacé par cette étreinte. Il a froncé les sourcils et a ricané :

— Elle est vraiment sans pitié. Elle envoie son propre bâtard pour affronter ma colère à sa place.

Je secouais la tête frénétiquement :

— Non, Léna n'est pas un bâtard ! C'est notre fille !

Mais il ne m'aurait jamais crue.

Après la naissance de Léna, j'avais découvert qu'elle souffrait de la même maladie cardiaque héréditaire que la famille de Thomas. C'est pour cela que j'étais allée le trouver la première fois.

Ses mots résonnaient encore dans ma tête :

« Ambre, tu crois que je suis le même abruti qu'avant ? Tu m'as eu une fois, tu crois que tu vas m'avoir deux fois ? »

« Tu essaies de me coller sur le dos le gosse d'un autre ? »

« Casse-toi. Tiens, voilà vingt mille euros. Prends ça pour prix de nos cinq ans passés ensemble. »

Je lui avais dit : « Ce n'est pas assez. »

Il ne voulait pas de notre fille, mais elle avait besoin de cet argent pour son opération.

Thomas avait serré les dents de rage :

« Tu es vraiment une michto finie. Tiens, voilà cinquante mille. C'est tout ce que tu vaux. »

Cinq ans d'amour, réduits à une transaction sordide.

Je savais que cela le ferait me détester encore plus, mais je m'en fichais. Grâce à cet argent, Léna avait pu être opérée.

Elle allait vivre, et c'était tout ce qui importait.

À présent, Thomas a demandé froidement à Léna :

— Dis-moi, elle se cache où, ta mère ?

Léna a levé ses grands yeux mouillés vers lui. Ses traits ressemblaient tellement aux miens.

Thomas a semblé un instant troublé.

— Maman dort pendant la journée, et la nuit, elle se transforme en étoile.

En entendant cela, le visage de Thomas s'est durci. Il a reculé d'un pas, dégageant sa jambe.

— Maintenant, elle t'apprend à jouer la comédie de la misère ?

Léna a trébuché et est tombée par terre. J'ai plongé pour la rattraper, mais mes bras n'ont traversé que du vide. J'ai dû la regarder heurter le sol.

La petite boîte en bois qu'elle serrait contre elle a glissé de ses mains.

Léna, qui n'avait pas mangé depuis deux jours, a lutté pour se relever. Une douleur atroce m'a transpercé la poitrine.

Thomas la regardait froidement, mais je voyais ses poings se serrer inconsciemment.

Léna a récupéré sa boîte, essayant de se montrer courageuse. Elle a tapoté ses fesses :

— Même pas mal, Maman.

J'ai sursauté, pensant qu'elle me voyait.

Puis je me suis souvenue de l'époque où j'étais clouée au lit par mon cancer de l'estomac.

Elle avait appris à s'occuper de moi dès ses deux ans. Elle ramassait même des canettes et des bouteilles vides pendant que je dormais pour essayer de m'aider.

Un jour, elle s'était fait mordre par un chien errant en fouillant près d'un parc. Elle était rentrée couverte de bleus. J'avais tellement paniqué que j'en avais vomi du sang.

Mais elle, elle m'avait souri pour me rassurer.

En me disant qu'elle n'avait pas mal.

Entendant les paroles de Léna, Thomas a inspecté la pièce du regard :

— Ambre ! Sors de là !

La maison est restée désespérément silencieuse.

J'étais debout juste devant lui, mais il ne pouvait pas me voir.

Thomas a attendu un moment. Ne voyant rien venir, il a ricané :

— Quelle lâcheté. Utiliser une gamine de cet âge.

— Ramenez-la d'où elle vient.

Sur ces mots, Thomas est rentré chez lui.

Les agents de sécurité ont déposé Léna sur le trottoir d'un grand boulevard très fréquenté.

La nuit était déjà tombée.

Léna est restée là, perdue au milieu des passants et des voitures.

Complètement désorientée, elle a murmuré à sa petite boîte :

— Maman, je dois aller par où ?

Mon cœur s'est brisé. Je ne pouvais que prier pour que l'orphelinat se rende compte rapidement de sa disparition.

Léna a levé les yeux vers la lune.

— Maman, si je suis la lune, je vais te trouver ?

Elle avait trop faim pour marcher et est tombée deux fois.

En titubant, elle s'est approchée d'une poubelle publique et y a trouvé un morceau de gâteau entamé.

Ses yeux se sont éclairés. Elle a pris le morceau de gâteau un peu rance et a voulu le porter à sa bouche.

Je hurlais, essayant de lui arracher des mains :

— Léna, ne mange pas ça ! Tu vas être malade !

Elle ne m'entendait pas, mais soudain, le gâteau a été projeté au sol d'un coup sec.