Aller au contenu
Blogrolle FeuilletonRomans en feuilleton

Chapitre 1 / 3 · 0 %

Maman, le cadavre sous la piste d’athlétisme, c’était moiChapitre 1

Environ 4 800 signes. Chapitre 1 sur les 3 offerts ici.

Quand j'ai été sauvagement assassinée, ma mère était à l'église avec ma petite sœur, en train de prier pour son examen de fin d'année.

Elle avait même rejeté mon appel à l'aide avec mépris : « C'est l'examen le plus important de la vie de Laura. Si tu veux mourir, meurs dans ton coin, espèce de porte-poisse ! »

Plus tard, une commission municipale est venue inspecter notre lycée.

L'équipe a découvert des centaines de morceaux de corps humain dissimulés sous la piste d'athlétisme du stade, coulés dans le béton.

Pour éviter la panique générale parmi les élèves, ils ont attendu la fin des épreuves pour tout déterrer en secret.

Sur la table d'autopsie, ma mère a recousu elle-même chaque morceau de chair. Elle a reconstitué un visage qu'elle ne connaissait que trop bien.

Justine, élève de terminale au lycée Sainte-Marie.

Sa propre fille, disparue depuis deux mois. La fille qu'elle détestait du plus profond de son âme : moi.

La nuit où les examens de Laura se sont achevés, les forces spéciales ont débarqué discrètement au lycée pour extraire mes restes de la dalle sous la piste synthétique.

Munis de masques à gaz, les policiers ont creusé pendant trois longues heures. Ils ont retiré exactement quatre cent trente-deux morceaux de mon corps.

La dépouille a été transférée en urgence à l'institut médico-légal. Plusieurs légistes ont passé la nuit entière à assembler ce puzzle macabre pour redonner une silhouette à peu près humaine au cadavre.

On devinait à peine qu'il s'agissait d'une jeune fille.

La graisse corporelle s'était transformée en adipocire, et une odeur insoutenable flottait dans la pièce.

Un jeune stagiaire au cœur mal accroché a jeté un simple coup d'œil à « moi » avant de courir vers la poubelle pour vomir ses tripes, le visage livide.

Ma mère, experte légiste invitée par le commissariat, se tenait à quelques pas. Elle a baissé les yeux, a détourné le regard, le visage empreint d'un dégoût compatissant.

Elle a enfilé ses gants en latex, a allumé le scialytique au-dessus de la table et a inspecté chaque centimètre de mon corps meurtri. Un léger doute a traversé son regard.

Mon âme flottait juste à côté d'elle. Je criais, je gesticulais de toutes mes forces, même si je savais que c'était inutile.

Mon corps était incomplet. Il manquait un morceau ici, un autre là.

Le visage, qui aurait permis de m'identifier immédiatement, avait été sauvagement lacéré au couteau par mon bourreau. Il ne restait rien de mes traits d'origine.

Même un monstre aurait paru moins terrifiant que moi à cet instant.

Ma mère fixait ma dépouille mutilée avec une froideur professionnelle, comme s'il ne s'agissait que d'une victime ordinaire de plus dans sa carrière.

Le collègue à ses côtés a remarqué son hésitation et s'est excusé à demi-mot :

« Le corps a été découpé trop finement. On a cherché toute la nuit, mais on n'a pu récupérer que ça pour l'instant. »

Ma mère l'a coupé d'une voix neutre : « Ce n'est rien. C'est déjà suffisant pour comprendre. »

Après tout, je n'étais pas morte depuis très longtemps, et le fait d'avoir été coulée dans le béton avait ralenti la décomposition.

Même si de l'adipocire s'était formée par endroits, c'était presque une chance.

Cette matière avait parfaitement figé les sévices et les blessures que j'avais subis de mon vivant.

Une aubaine pour l'enquête.

Soudain, ma mère s'est figée. Plusieurs lambeaux de chair portaient encore des morceaux déchirés de l'uniforme du lycée Sainte-Marie.

Elle a saisi ces fragments à la pince, une lueur d'hésitation dans le regard, son scalpel suspendu dans les airs.

La victime était une élève de ce lycée. Une jeune fille.

Ne ressemblait-elle pas étrangement à sa fille disparue depuis deux mois ?

Je me tenais près d'elle, le cœur broyé par une douleur indescriptible.

Maman... Est-ce que tu m'as enfin reconnue ?

Brusquement, elle a soulevé le drap blanc, découvrant le bas de mon corps.

Ses doigts se sont posés sur mes cuisses, couvertes de larges marques brunes boursouflées, comme si un fer brûlant y avait été plaqué à répétition.

D'immondes cicatrices de brûlures.

Elle a effleuré la peau plusieurs fois, sans rien trouver d'autre.

Évidemment qu'elle ne trouverait rien. Pour détruire la tache de naissance qui aurait permis de m'identifier, ils m'avaient traînée dans une ruelle sombre et avaient écrasé un fer à lisser brûlant sur ma peau, encore et encore.

Je sentais encore cette chaleur infernale, une douleur si atroce qu'elle semblait consumer mon âme.

Ma mère a rabattu le drap blanc. Elle a retiré ses gants. L'autopsie était terminée.

Elle n'avait toujours pas reconnu que ce tas de chair broyée sur la table métallique était sa propre fille. Celle qu'elle cherchait à peine, celle qu'elle détestait de tout son cœur : moi.

J'ai esquissé un sourire amer.

Laisse tomber. J'avais l'habitude.