Elle a eu l'enfant de son meilleur ami, adieu, je pars sans me retournerChapitre 3
Environ 4 300 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Le protocole de confidentialité de l'unité de sauvetage d'élite était strict : une coupure totale avec mon ancienne vie.
Dans le cadre de mes préparatifs de départ, il me restait une dernière démarche : signer les formulaires de mise sous anonymat militaire et de radiation des registres civils classiques.
C'était une rupture nette. Un adieu à mon passé, à mon identité publique, et à chaque seconde vécue auprès de Justine.
Les premiers rayons du soleil filtraient à travers les rideaux, frais sur mon visage. Je me suis levé tôt, prêt pour cette étape finale.
Je suis resté un instant immobile dans cet appartement qui avait jadis résonné de projets et de rires, un lieu que j'avais payé de mes propres mains. Puis, sans l'ombre d'une hésitation, j'ai tourné les talons et franchi le pas de la porte pour la dernière fois.
Au bureau de l'administration militaire, tout s'est déroulé méthodiquement.
L'agent a pris ma pièce d'identité et l'a détruite devant moi. Curieusement, j'ai ressenti un soulagement immense.
Ce n'était pas juste du plastique détruit. C'était la fin d'une vie que je refusais de continuer à subir.
Dégagé de mes attaches, j'ai marché dans les rues commerçantes animées, cherchant à me débarrasser des derniers objets dont je n'avais plus l'utilité.
Alors que je déposais de vieilles affaires dans une friperie de quartier, une silhouette familière m'a cloué sur place.
Justine était là, Bastien à son bras. Ils faisaient des emplettes pour le bébé, affichant des mines rayonnantes.
Derrière eux, Gérard et Monique marchaient d'un pas tranquille, bavardant comme la famille la plus unie du monde.
— Un bébé, ça demande tellement de choses, soupirait Justine en examinant une poussette. Bastien, c'est tellement adorable de nous avoir emmenés faire ces courses. Dès qu'on rentre, il faut qu'on refasse la déco de l'appartement. Je n'ai jamais aimé le style actuel.
Cet appartement, je l'avais acheté avec mes économies d'avant notre mariage. Chaque centime, chaque mètre carré représentait ma sueur et mes nuits de garde.
Au mariage, par amour aveugle, j'avais consenti à mettre le bien à son nom.
Et aujourd'hui, c'était leur petit nid douillet, tandis que j'étais relégué au rang d'étranger.
Ils m'ont aperçu. Leur surprise a vite fait place à une froide indifférence.
Justine s'est avancée, la voix pleine de reproches :
— Tiens donc, voilà Monsieur l'indispensable. Toujours à disparaître aux aurores. Tu te rappelles parfois que tu as un chez-toi ?
Monique a renchéri d'un regard méprisant :
— Pour une fois que tu es là, tu n'as même pas été fichu de préparer le petit-déjeuner ? Justine est encore fragile, tu devrais te rendre utile !
Bastien s'est approché avec un sourire en coin, me défiant du regard.
Son expression criait : « Regarde tout ce que je t'ai pris. »
J'ai serré les dents, ravalant le dégoût qui me montait à la gorge.
Ce type n'avait rien d'un mourant.
Si j'ouvrais la bouche, j'étais certain qu'ils oseraient encore me demander de lui donner un rein.
Mais la phrase suivante de Justine a dépassé les bornes :
— Maxime, tu as passé des mois sur cette dernière mission. Tu as dû toucher une belle prime. Donne-moi de l'argent. J'ai pris du poids après la grossesse, j'ai besoin de refaire ma garde-robe.
Je n'ai pas pu m'en empêcher :
— Pourquoi tu ne demandes pas au père de ton gosse ? Bastien n'a pas les moyens ?
Le visage de Bastien s'est décomposé, les yeux brillants d'une fausse détresse. Il a baissé la tête en victime parfaite.
Gérard et Monique sont immédiatement montés au créneau.
— Mais qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi ?! a hurlé Gérard. Bastien est malade ! Tout son fric part dans ses soins. Comment tu oses sortir une horreur pareille ?
— Tu me dégoûtes, a lâché Monique. On a honte de t'avoir eu pour gendre !
Leur rapacité et leur comédie me donnaient la nausée.
Je leur ai tourné le dos et suis parti sans un mot de plus.
Au fond de moi, je n'avais plus rien à prouver, plus rien à justifier.
Les quelques jours précédant mon départ, j'ai loué une chambre dans un petit hôtel discret. C'était modeste, impersonnel, mais infiniment paisible. Un endroit où leur venin ne pouvait pas m'atteindre.
Je n'étais plus le pigeon crédule aveuglé par l'amour.
Justine voulait jouer à la famille heureuse avec Bastien ?
Grand bien leur fasse.