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Chapitre 1 / 3 · 0 %

Elle a eu l'enfant de son meilleur ami, adieu, je pars sans me retournerChapitre 1

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Justine avait décidé de faire un enfant pour Bastien, son meilleur ami d'enfance qui souffrait d'insuffisance rénale.

Ils vivaient dans la peur constante que je débarque pour tout gâcher. Le jour de l'accouchement, ils avaient même engagé une équipe de gardes du corps hors de prix pour surveiller la clinique.

Mais je ne suis pas venu. À leur grand soulagement.

Persuadés que j'avais enfin compris ma place, ils fêtaient l'arrivée du nouveau-né dans les bras, souriant et murmurant : « Au moins, il sait quand s'écraser. Quel enfer s'il était venu faire un scandale. »

Justine avait même ricané : « S'il reste bien sage, je laisserai peut-être le petit l'appeler Papa, un jour. »

Ce qu'ils ignoraient, c'est que plus rien ne me touchait. En caressant du bout des doigts l'écusson de mon uniforme de la Brigade Internationale de Sauvetage de l'Extrême, je ne ressentais qu'un calme absolu.

Dans quelques jours, je quitterais le pays pour rejoindre l'unité d'élite.

Cette fois, je les laissais derrière moi. Pour toujours.

Après l'accouchement, les parents de Justine, Gérard et Monique, n'avaient pas regardé à la dépense pour lui offrir un séjour dans un centre de convalescence de luxe. Elle y était restée jusqu'à son complet rétablissement, ne rentrant à la maison qu'un mois plus tard.

Pendant ce temps, j'avais terminé mon entraînement préalable et réglé toutes les formalités administratives.

Un soir, j'étais allongé dans mon lit, prêt à m'endormir paisiblement.

Puis des voix ont résonné derrière la porte.

— Oh, regarde ce petit nez. Tout le portrait de Justine ! s'est extasiée Monique. Et ses yeux ? C'est tout Bastien, craché !

— Un mélange parfait. Tu as assuré, ma chérie, a renchéri Gérard.

— Ce n'est rien, a répondu Justine avec douceur. Je suis juste heureuse d'avoir pu donner cet enfant à Bastien.

Ils sont entrés dans le salon, rayonnants comme une famille idéale.

Justine, ses parents et Bastien se sont tous regroupés autour du nourrisson, se le passant de bras en bras comme un trophée sur le canapé.

— Il fallait absolument que ce bébé vienne de Justine et Bastien, a déclaré Monique. Un bel homme, une jolie femme... C'est l'accord parfait !

— Exactement, a approuvé Gérard. Imaginez si elle avait eu un gosse avec Maxime. Un vrai désastre ! Teint terne, moche et têtu comme une mule.

Je suis sorti de la chambre juste au moment où Gérard finissait sa phrase. Les rires se sont éteints d'un coup. Ils m'ont fixé comme si j'étais un fantôme.

— Maxime ! a sursauté Justine. Qu'est-ce que tu fais là ?

— Tu ne pouvais pas faire de bruit ? Tu nous as fichu une de ces peurs ! a grondé Monique en portant la main à son cœur.

J'ai balayé leurs visages du regard. Leurs expressions oscillaient entre culpabilité et exaspération.

Ces mêmes personnes, autrefois, se vantaient partout de m'avoir comme gendre.

Justine et moi nous étions rencontrés lors d'un rencard arrangé par des proches qui pensaient bien faire.

C'était classique, certes, mais plein de promesses. Dès qu'on s'était assis à table, la conversation avait coulé de source.

Passions, projets de vie... nous étions sur la même longueur d'onde, comme si le destin avait tissé un fil invisible entre nous.

Ses parents étaient tout aussi enthousiastes.

Ils admiraient mon métier d'urgentiste en milieu hostile. Monique me répétait sans cesse à quel point elle se vantait auprès de ses amies, les yeux brillants de fierté chaque fois qu'elle prononçait mon prénom.

Pour Justine, j'étais plus qu'un compagnon. Un repère solide, un homme protecteur qui lui apportait une sécurité qu'elle n'avait jamais connue.

À l'époque, j'y avais cru dur comme fer.

Mais là, affalés sur le canapé, serrés les uns contre les autres comme le tableau d'une famille parfaite, j'ai compris que je n'étais plus rien ici.

— Bon, puisque tu es là, j'imagine que tu es au courant de tout. Tu ne t'es pas interposé jusqu'ici, donc je suppose que tu acceptes la situation.

Gérard s'est raclé la gorge, prenant son ton de chef de famille.

Il a jeté un œil circulaire pour inciter les autres à appuyer son verdict.

J'ai lâché un rire bref et sec, sans prendre la peine de répondre. Justine s'est immédiatement braquée.

— Maxime, qu'est-ce qui te fait rire ? Tu as un problème ? a-t-elle craché. Tu es tellement égoïste ! Bastien a une insuffisance rénale. Après tout ce qu'il a fait pour nous, lui donner un enfant était la moindre des choses. C'est juste normal !

Bastien a toussé faiblement, pile au bon moment, en s'agrippant au bras de Justine pour trouver un appui.

— Justine, s'il te plaît, ne t'énerve pas à cause de moi, a-t-il murmuré d'une voix tremblante de fatigue feinte. C'est ta santé qui compte avant tout.

Son jeu d'acteur était impeccable. Autour de lui, la compassion a été immédiate.

Mais je voyais clair dans son jeu. Aucun signe du désespoir ni du véritable épuisement d'un malade en phase terminale.

Justine, enveloppée dans son nouveau rôle de mère, s'est appuyée contre l'épaule de Bastien. Son regard s'est fait assassin en me fixant :

— Regarde comme Bastien est attentionné. Pourquoi tu ne prends pas exemple sur lui ?

Monique s'est empressée de jouer les médiatrices :

— Maxime, tu es toujours parti pour le travail. Tu n'es jamais là. Justine est notre fille unique, et cette maison a besoin d'une présence masculine.

Elle a désigné Bastien d'un geste de la main.

— Bastien a toujours été présent pour nous. Il a grandi avec Justine, on le considère comme notre propre fils. Maintenant qu'il est malade, comment aurions-nous pu lui refuser notre aide ?

L'ironie suintait de chaque mot.

Depuis quand un « fils » faisait-il un gosse avec leur propre fille ? Leur arrangement sautait aux yeux. Ils formaient leur petit clan étanche, et j'étais l'intrus qui gâchait le décor.

Bastien a toussé à nouveau avant de glisser, faussement repentant :

— Maxime, je comprends que tu sois contrarié. Tout est de ma faute... Pardonne-moi pour ces complications.

L'atmosphère s'est alourdie d'agacement. Ma seule présence les fatiguait.

Justine a balayé l'air de la main, le ton cassant :

— Maxime, on a dit tout ce qu'il y avait à dire. La semaine prochaine, on organise une grande fête pour présenter le bébé à tout le monde. La famille et tous nos amis seront là.

Elle m'a planté son regard dans les yeux :

— Si tu as un minimum de jugeote, tu diras à tout le monde que le gosse est de toi. Si tu t'avises de faire une scène, tu ne feras que t'humilier toi-même.

J'ai fait un calcul rapide dans ma tête. La semaine prochaine, c'était le jour de mon vol.

Ce jour-là, je serais déjà loin, entièrement dévoué à ma nouvelle vie au sein de l'unité d'intervention internationale.

Mais avant de partir, je pouvais bien leur laisser un souvenir mémorable.

J'ai haussé les épaules, le visage de marbre.

— D'accord, ai-je répondu calmement. Aucun problème.