Trop tard pour m'aimerChapitre 3
Environ 3 900 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Prise d'une soudaine soif, je me suis levée pour aller chercher un verre d'eau en bas.
C’est là que j'ai aperçu Alexandre sur le balcon, au téléphone. Sa voix était basse, mais le silence de la nuit me permettait de distinguer chaque mot.
Oui, c’est bien ma belle... Demain, à la vente aux enchères, prends ce qui te plaît, ne te soucie pas du prix. Je sais, je sais. Je suis juste un peu débordé en ce moment, je ne peux pas être collé à toi à chaque seconde.
Ce ton doux, protecteur, indulgent. Autrefois, il n'appartenait qu'à moi.
Je suis restée immobile derrière lui, mon verre à la main, à l'écouter un instant. Puis, j'ai décidé que cela ne méritait pas que je perde mon temps.
Je me suis retournée pour remonter.
Inès ? a lancé sa voix derrière mon dos. Tu es descendue quand ?
Il avait déjà raccroché.
À l'instant...
Il a commencé à vouloir se justifier, mais je l’ai coupé :
J’avais soif. Je venais juste chercher de l’eau. Ne t'interromps pas pour moi.
Il a fait un pas vers moi, tendant la main.
Mais j'avais déjà monté la moitié des marches.
Arrivée sur le palier, je l'ai aperçu du coin de l'œil. Il me fixait du regard d'en bas, immobile.
Le lendemain matin au petit-déjeuner, Alexandre m’a versé un verre de lait chaud. C’était une vieille habitude qu’il avait gardée.
Avant, je le buvais toujours d'un trait, sous son regard tendre et son sourire protecteur.
Cette fois-ci, je n'y ai pas touché. Je me suis servi un verre d’eau tiède à la place.
Son sourire s'est figé sur ses lèvres, mais il n'a fait aucun commentaire.
Alexandre s’est levé, a attrapé sa veste de costume et s'est dirigé vers la porte d'entrée.
Je dois m’absenter un moment.
D'accord, ai-je répondu simplement.
Il s’est arrêté sur le pas de la porte, se retournant vers moi.
Pas de questions ?
J'ai réfléchi une seconde.
Autrefois, je l’aurais harcelé de questions où vas-tu, avec qui, tu rentres quand ? J'étais devenue une femme désespérée, dévorée par la peur panique d'être abandonnée.
Mais plus maintenant.
Non, ai-je dit calmement.
Alexandre est resté planté là quelques instants, puis est parti sans ajouter un mot.
Une fois seule, je suis montée finir ma valise. Il n’y avait pas grand-chose à emporter. Je ne voulais rien garder de mes vêtements de la clinique, qui ne me rappelaient que la souffrance. J’ai glissé une photo de mes parents décédés au fond de mon sac.
Ainsi qu'un carnet. Celui que je tenais durant mon internement.
Je l'ai feuilleté. Chaque page ne contenait qu’une seule et unique phrase.
*Je l'ai encore appelé aujourd'hui. C'est la 180e fois. Il n'a pas répondu.*
*Le traitement a été très douloureux aujourd'hui.*
*Papa, Maman, vous me manquez tellement. Plus personne ne m'aime. Même lui me traite ainsi maintenant.*
*C'est mon anniversaire aujourd'hui. Personne ne s'en est souvenu.*
*Je crois que cela fait trois jours que je n'ai pas pensé à lui. Le médecin dit que je suis presque guérie.*
J’ai refermé le carnet et je l'ai jeté directement à la poubelle.
Alexandre est rentré en début d'après-midi, accompagné de ses trois amis.
Ils se sont enfermés dans son grand bureau de travail pour discuter affaires.
La porte n'était pas complètement fermée. Depuis le canapé du salon, j'entendais distinctement des fragments de leur conversation.
Alors, ça se passe comment avec Inès ? a demandé Thomas celui qui m’avait trouvée « souple ».
La voix d’Alexandre était parfaitement calme.
Très bien.
Puis, Maxime est intervenu celui qui m’avait qualifiée de « coincée ».
Elle a l’air normale, maintenant. Elle est juste assise dans le salon à lire son bouquin. Elle n’a même pas réagi quand on est arrivés. Je m’attendais presque à ce qu’elle nous fasse une scène mémorable.
Thomas a repris :
N'empêche... Léna commence à y aller un peu fort, non ? Elle a enchéri à hauteur de sept millions d’euros pour un collier en diamant à la vente aux enchères ce matin, sans sourciller. Et en plus, elle crie sur tous les toits que c'est toi qui lui as offert.