Trop tard pour m'aimerChapitre 2
Environ 4 800 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.
L’infirmière a poussé la porte de ma chambre.
Monsieur Alexandre a signé les papiers de sortie. Vous êtes libre de partir.
J’ai hoché la tête, le regard vide.
En traversant les couloirs pour sortir de la clinique, j’entendais les murmures des soignantes derrière mon passage.
La pauvre... C’est son propre fiancé qui l’a fait interner ici.
Qu'est-ce qu'il y a de triste là-dedans ? Il est canon, richissime, et il paie absolument tout pour elle. Il ne l'a pas frappée, que je sache. Elle aurait dû fermer les yeux et profiter du paysage. Certaines ne se rendent vraiment pas compte de la chance qu'elles ont.
Un an plus tôt, de telles paroles m'auraient rendue hystérique. Aujourd'hui, elles ne parvenaient même pas à ralentir mon pas.
Alexandre m'attendait, appuyé contre la carrosserie de sa Bentley.
Je me suis approchée de lui.
Il a approché son index de mon visage pour caresser ma joue.
Tu as minci.
J’ai légèrement détourné la tête pour esquiver son contact.
Sa main est restée suspendue dans le vide un instant, avant de retomber le long de son corps.
Il m'a ouvert la portière passager.
Monte.
Sur le siège de cuir beige, il y avait un tube de rouge à lèvres usagé.
Je l'ai ramassé. Alexandre me l'a arraché des mains, a baissé la vitre et l'a balancé sur le goudron.
C’est à mon assistante. Elle a dû l'oublier. Ne fais pas attention.
J’ai esquissé un faible sourire sans rien dire. Ce rouge à lèvres était de la marque préférée de Léna ma soi-disant meilleure amie.
Mais cela n'avait plus aucune importance. J'avais cessé de m'en soucier depuis bien longtemps.
Au feu rouge, Alexandre a tapoté nerveusement le volant de ses doigts, avant de rompre le silence.
C’est fini entre elle et moi. J’ai fait jeter le canapé. J'en ai acheté un nouveau, dans le style que tu aimes.
Hmm, ai-je simplement murmuré.
Il a poursuivi :
J’ai demandé à la gouvernante de nettoyer tes affaires tous les jours. Rien n’a pris la poussière.
Merci, ai-je répondu avec un sourire poli.
Alexandre m’a jeté un regard en biais, l'air indéchiffrable.
Il a plongé la main dans sa poche et en a sorti un petit écrin en velours rouge.
J’ai fait refaire la bague de fiançailles. Le diamant est plus gros que le précédent. Elle te plaît ?
Je n’ai pas pris la boîte.
Annulons le mariage, Alexandre.
Il n’a pas pris mes paroles au sérieux. Il a simplement déposé l’écrin sur mes genoux.
Arrête ton cinéma, Inès. J’ai couché avec ta meilleure amie, tu as couché avec mes trois potes tu t'en tires même avec deux de plus que moi. On est quittes, maintenant.
La place de ma femme t'est toujours réservée. Je te l'ai promis. Arrête de faire la difficile pour te faire désirer.
J’ai fixé la petite boîte rouge sur mes genoux sans dire un mot. J’ai juste souri, amèrement, en silence.
Je ne jouais à rien. Je voulais juste partir. Loin d'ici. M'installer dans un endroit calme, un petit village de campagne loin de la fureur de cette ville, là où mes parents étaient enterrés. Un endroit sans lui, où la douleur ne pourrait plus m'atteindre.
La voiture a franchi les grilles de sa luxueuse propriété. Rien n'avait changé.
Je ne suis pas allée vers notre chambre commune. J'ai traîné ma valise directement vers la chambre d’amis.
Alexandre s'est interposé devant moi.
Tu fais quoi, là ?
J’ai pris l’habitude de dormir seule à la clinique.
J’ai jeté un coup d’œil vers la porte de ce qui fut notre chambre.
Et je n'ai plus envie de dormir dans ce lit.
Le jour où j’avais découvert sa trahison avec Léna, j’avais visionné les caméras de sécurité de la maison. Ce n’était pas seulement sur le canapé. Ils l’avaient fait aussi dans notre lit celui qu’il avait fait fabriquer sur mesure pour moi. Quand j'avais vu ces images, la douleur m'avait presque tuée.
Alexandre m’a fixée pendant quelques secondes, avant de lâcher un rire froid.
Très bien. Mais ne pousse pas le bouchon trop loin. Tu fais toujours ça, et tu finis par te rendre malade et retourner à l'hôpital.
Je l’ai regardé s’éloigner.
Cette fois, la morsure familière de la douleur n’est pas venue.
Peut-être que le traitement de la clinique avait réellement fonctionné. J'avais oublié ce que cela faisait de sentir mon cœur battre pour lui, de vibrer au rythme de ses humeurs.
Tard cette nuit-là, allongée dans le lit douillet de la chambre d'amis, je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Après un an passée sur le matelas ferme de la clinique, le confort de cette literie me perturbait.
Pendant toute cette année d’enfermement, Alexandre ne m’avait pas rendu visite une seule fois. Au début, la terreur m'avait complètement submergée. Je hurlais, je suppliais les médecins et les infirmières, menaçant de me faire du mal s'ils ne me laissaient pas l'appeler.
Une fois. Deux fois. Cent fois.
Il n'avait jamais décroché.
Peu à peu, je m'étais éteinte. Et quand j'ai fini par aller mieux, l'envie de l'appeler avait totalement disparu.