Le jour de notre mariage, il a choisi de me briserChapitre 3
Environ 4 200 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Sur la scène, une silhouette masquée jouait du piano avec élégance. Et autour de son cou brillait le collier de ma mère.
Sous les yeux du public attentif, les doigts d’Inès glissaient sur les touches.
— Arrêtez ! ai-je hurlé en entrant.
Mais la salle était trop immense, ma voix s'est perdue dans le vide. Le temps que j'atteigne les premiers rangs, un spectateur s'est levé d'un bond, furieux.
— C'est quoi cette mélodie ?! Vous ignorez que ce compositeur a été banni pour ses thèses extrémistes et haineuses ?!
— Éléonore Laroque était une figure de paix et d’humanisme ! Jouer ce morceau révisionniste lors de son propre hommage, c’est une insulte à sa mémoire !
— C’est un scandale ! En tant que sa fille, comment osez-vous faire ça ?!
Le public a commencé à gronder. Des dizaines de personnes se sont levées, prêtes à envahir la scène.
Inès s'est figée, terrifiée sous son masque.
Adrien, assis au premier rang, a immédiatement fait signe à ses agents de sécurité. En quelques secondes, ses hommes ont repoussé la foule en colère à plusieurs mètres de la scène, pendant qu'il escortait Inès vers les coulisses.
J'ai écarté brutalement le rideau des coulisses.
— Inès !
Sans réfléchir, je me suis jetée sur elle pour lui arracher le collier. Mais un bras d'acier a stoppé mon geste.
— Lâche-moi ! ai-je crié en me débattant.
La voix d'Adrien a résonné au-dessus de moi :
— Tu n'as pas fini ton cinéma ?! Inès accepte sans rien dire que tu gâches sa vie, et toi, tu passes ton temps à la harceler ! Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Elle ne demande rien d'autre qu'un peu de reconnaissance et ce collier. Ce concert n'est rien pour toi, mais pour elle, c'était le rêve de sa vie ! Tu as un cœur, parfois ?
*Clac !*
Ma main s'est écrasée de toutes mes forces sur sa joue.
— Oh mon Dieu, Adrien chéri ! a hurlé Inès en se jetant sur lui.
Adrien me regardait, sidéré, la main sur sa joue rouge.
— Tu... tu m'as frappé ?
Je respirais bruyamment, la rage au ventre.
— De un, ce concert est dédié à ma mère. De deux, ce collier est l'héritage des Laroque ! Seule une Laroque a le droit de le porter !
Adrien a semblé hésiter un instant. Mais Inès s'est mise à sangloter bruyamment :
— Léna, tu mens ! Tu ne t'es jamais occupée de ce concert, et bizarrement, tu t'en soucies le jour de mon anniversaire ! Tu veux juste me détruire, tu ne veux pas que je réalise mes rêves ! Tu n'avais qu'à le dire, je serais partie ! Pourquoi tu frappes Adrien ?
Ses larmes redoublaient. J'allais répliquer quand la voix paniquée de l'organisateur a retenti dans les haut-parleurs de la salle :
— S'il vous plaît, du calme... Ce n'était pas la fille d'Éléonore Laroque sur scène, nos équipes se sont trompées de planning...
— Menteur ! a hurlé la foule à travers les micros. Elle porte le collier de la famille Laroque ! On le reconnaîtrait entre mille !
— C'est ça ! Qui d'autre aurait ce bijou ? Faites venir la vraie Léna Laroque si vous dites vrai ! Qu'elle vienne !
L'organisateur est entré en coulisses, blême.
— Monsieur Girard, s'il vous plaît, il faut faire quelque chose...
— Adrien, j'ai peur... murmurait Inès en se cachant contre sa poitrine.
J'ai fixé Adrien du regard.
— Adrien, dis-lui d'aller assumer ses conneries sur scène.
— Adrien... pleurnichait Inès.
— Adrien ! ai-je insisté, les dents serrées. C’est sa faute !
Adrien a marqué un temps d'arrêt. Puis, il a levé la main et a détaché le collier du cou d'Inès.
— Léna, enfile sa robe et va sur scène.
J'ai cru mal entendre.
— Tu... tu veux que j'aille dire que c'est moi qui ai joué cette abjection ?
Adrien n'a pas cillé.
— Ma mère était une humaniste ! Comment pourrais-je prétendre avoir joué ce morceau de haine ? C'est l'inculture d'Inès qui a causé ça ! Qu'est-ce que j'ai à voir là-dedans ?
— Inès a juste fait une erreur ! a haussé le ton Adrien en la serrant plus fort. Elle n'a pas ton éducation musicale, elle ne pouvait pas savoir. Ne sois pas si cruelle. Fais ça pour elle, une seule fois. Après, je te promets qu'on se marie.
— Je refuse !
Je me suis avancée pour lui arracher le collier des mains. Mais il était plus grand et plus rapide. Il m'a esquivée d'un geste et a tendu le collier par la fenêtre ouverte, suspendu au-dessus du vide.
— Non !