Mon fiancé a donné mes serviettes hygiéniques à sa stagiaire. J'ai annulé le mariageChapitre 3
Environ 6 200 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
J'ai ouvert le sac plastique. À l'intérieur, il y avait un paquet de serviettes roses premier prix couvert de poussière. Clairement le truc invendable qu'il avait attrapé à la va-vite dans une épicerie de quartier.
— Si t'en avais pas, tu ne pouvais pas en demander à une collègue ? Pourquoi il a fallu que tu restes cachée dans ton bureau à faire la morte, pour me faire poireauter pendant une heure ?
— Va te changer vite fait et monte. Et ne salis pas mes sièges.
Il continuait de râler. Je fixais ses lèvres fines si bien dessinées, et je n'ai ressenti qu'une immense fatigue.
J'ai refermé le sachet plastique et j'ai dit d'une voix éteinte :
— Maxime, je ne peux pas utiliser cette marque.
Pour être exacte, je ne pouvais utiliser presque aucune marque classique du commerce parce qu'elles ont toutes de la colle sur les ailettes, et je fais de graves allergies cutanées à cette colle. Rien que de la toucher me donne des plaques rouges sur tout le corps.
Alors imaginez en appliquer directement sur ma zone la plus intime pendant mes règles.
Je n'utilisais qu'une seule marque spécifique, bio et sans colle.
Pourtant, au tout début de notre relation, je lui en avais parlé :
« Maxime, je suis hyper allergique à la colle des serviettes classiques, je ne peux utiliser que cette marque-là. Si jamais tu la vois en promo, tu m'en prends pour faire du stock ? »
Maxime n'avait même pas levé les yeux de sa console de jeux. Il avait juste ricané :
« Qu'est-ce que tu peux être compliquée. »
Mes doigts s'étaient figés sur mon écran. J'avais forcé un sourire crispé :
« Désolée, je m'en occuperai moi-même. C'est vrai que c'est chiant, et puis tu n'y connais rien... »
Il me parlait toujours sur ce ton. C'était comme s'il me donnait des petits coups de massue de temps en temps, sans prévenir, me laissant blessée et désemparée.
Mais à côté de ça, il était plutôt correct. Depuis qu'on vivait ensemble, c'est lui qui gérait la cuisine et la plupart des tâches ménagères, il cuisinait super bien et m'avait même fait prendre trois kilos.
Il ne m'empêchait jamais d'acheter ce que je voulais. Même quand je rapportais des bibelots bizarres qui ne collaient pas du tout avec la déco épurée de son appartement, il se contentait de sourire, un peu désabusé :
« Gamine. »
Avec le temps, j'avais fini par me dire que c'était juste son caractère : il n'aimait pas prêter attention aux habitudes des autres et pouvait se montrer cassant.
Et puis, c'est moi qui lui avais couru après en premier. Alors j'utilisais les rares moments de tendresse qu'il m'accordait pour oublier la douleur. J'ai tenu comme ça pendant trois ans.
Jusqu'à aujourd'hui. Aujourd'hui, je ne pouvais plus encaisser.
— Pourquoi tu ne peux pas l'utiliser ?
Il m'avait posé cette question dix-sept fois. Je lui avais expliqué seize fois. Cette fois-ci, j'ai abandonné. J'ai jeté le paquet dans la poubelle publique à côté de la voiture et j'ai répondu calmement :
— Si je te dis que je ne peux pas, c'est que je ne peux pas. Comme tu as peur que je salisse ta voiture, je vais rentrer en Uber.
Son froncement de sourcils s'est accentué, mais a fini par m'attraper par le bras pour me faire monter côté passager.
— Il est hyper tard. Tu crois que c'est safe de rentrer seule en Uber à cette heure ? Bref, tant pis pour moi, j'irai faire nettoyer la voiture demain.
Toujours ce mélange de froideur et de fausse sollicitude.
J'ai serré ma ceinture de sécurité, la gorge serrée.
J'ai sorti mon téléphone et j'ai envoyé un message au studio photo qu'on avait réservé depuis des mois pour notre shooting de mariage.
« Bonjour, je souhaiterais annuler notre séance photo de mariage prévue pour la semaine prochaine. Quelle est la procédure ? »
Le contact, enregistré sous le nom de "Studio Photo Mariage", est resté en statut "En train d'écrire..." pendant un long moment avant d'envoyer :
« Madame Dubois, il y a trois jours, vous avez modifié votre formule pour faire un shooting d'anniversaire en duo à la place, et M. Leroy nous a demandé d'avancer la date. Les photos retouchées seront prêtes ce soir. »
« Votre fiancé ne vous a pas prévenue ? »
Mon doigt est resté suspendu au-dessus de l'écran. Au bout de quelques secondes, je me suis rendu compte que je tremblais de tout mon corps. J'ai dû tenir mon poignet gauche avec ma main droite pour ne pas faire tomber mon portable.
J'ai tourné la tête vers Maxime. Il fixait la route, concentré sur sa conduite, comme d'habitude.
Sentant mon regard, il a tourné légèrement la tête, sur un ton sec :
— Qu'est-ce qu'il y a ? Tu boudes encore parce que je t'ai fait une remarque ?
Je n'ai pas répondu. Dès que mes mains ont arrêté de trembler, j'ai tapé lentement :
« Est-ce que je peux voir les photos ? »
La gérante du studio a mis du temps à répondre, puis m'a envoyé une série de clichés, ainsi qu'une courte vidéo de dix secondes.
« M. Leroy nous avait assuré que cela ne poserait aucun problème, c'est pour ça qu'on a accepté le changement de formule et l'avance de date. S'il vous plaît, ne nous créez pas d'ennuis... »
Je n'avais même plus la force de lire ses messages. J'ai ouvert les photos. Un visage familier est apparu à l'écran, me brûlant les yeux.
C'était Zoé, la nouvelle stagiaire du lycée. Celle à qui Maxime avait donné mes serviettes et mes médicaments.
Il y avait des dizaines de photos. Je les ai fait défiler. Maxime était sur chacune d'elles. Ils portaient des tenues assorties, posant comme un couple fusionnel et fou amoureux.
Enfin, j'ai lancé la vidéo.
Zoé avait l'air fatiguée par la séance et faisait la moue en boudant.
— J'ai trop mal aux épaules... Maxime, tu me masses ?
Dans cette vidéo de dix secondes, j'ai découvert un Maxime que je ne connaissais pas. Un homme incroyablement doux, attentionné, d'une tendresse que je ne lui avais jamais connue.
— Allez, ma petite princesse. Encore une série de photos. Tiens le coup, je t'emmène dans un super resto juste après.
C'est seulement là que Zoé a retrouvé son sourire, en levant joyeusement les bras :
— Trop bien !
Mes yeux me piquaient. J'ai passé ma main sur mes joues, m'attendant à y trouver des larmes salées, mais mon visage était sec. Je n'avais même plus de larmes à verser pour lui.
Ça m'a juste rappelé de vieux souvenirs.