Mon fiancé a donné mes serviettes hygiéniques à sa stagiaire. J'ai annulé le mariageChapitre 2
Environ 4 100 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.
La cloche de fin des cours a sonné pile au moment où je déposais mon dossier.
La directrice m'a regardée avec hésitation, avant de finir par craquer :
— Mademoiselle Dubois, votre mariage avec Monsieur Leroy est prévu pour le mois prochain, non ? Il y a deux jours encore, vous choisissiez vos invitations. Pourquoi ce changement soudain ?
Je savais très bien ce qu'elle n'osait pas dire.
Ce programme de mobilité à l'étranger exigeait un engagement de trois ans minimum. Comment de jeunes mariés pouvaient-ils supporter une si longue séparation ? Et puis, tout le lycée savait que j'avais couru après Maxime pendant quatre ans, que nous étions ensemble depuis trois ans, et que nous étions enfin sur le point de passer devant le maire.
Comment pouvais-je tout abandonner ainsi ?
Sauf que pour avoir peur de se séparer, il faut être deux à s'aimer. Et là, je venais brusquement de comprendre que l'homme qui avait accepté de m'épouser ne m'aimait pas autant que je le croyais.
J'ai gratté machinalement le sang séché sur mes doigts — j'en avais partout après avoir essayé de me dépanner à la va-vite avec des tonnes de papier toilette dans les toilettes de l'école. J'ai murmuré :
— Lui et moi, on n'est tout simplement pas faits pour être ensemble.
— Madame la directrice, je peux vous demander une faveur ? S'il vous plaît, ne dites rien à personne pour l'instant.
Elle a froncé les sourcils, un brin de pitié dans le regard.
— Très bien, je garde ça confidentiel.
— Le premier groupe d'enseignants part dès demain matin. Si vous le souhaitez, je peux vous intégrer au départ.
J'ai hoché la tête et l'ai remerciée chaleureusement avant de sortir de son bureau.
Mon téléphone a vibré. C'était un message de Maxime.
« Tu fiches quoi ? Ça fait dix minutes que les cours sont finis et t'es toujours pas en bas. »
Depuis qu'on s'était installés ensemble, on faisait la route ensemble tous les jours pour rentrer.
« S'il te plaît, Maxime, on habite ensemble maintenant ! Ce serait trop triste que tu rentres tout seul le soir », lui disais-je avant.
Même s'il enseignait aux classes de Terminale et moi aux Secondes, et que ses cours finissaient souvent deux heures après les miens — ce qui m'obligeait à l'attendre dans mon bureau vide —, je n'avais jamais trouvé ça pénible.
Mais aujourd'hui, alors qu'il n'attendait que depuis dix petites minutes, il s'impatientait déjà.
J'ai pincé les lèvres et j'ai cherché en moi cette fameuse douleur atroce à laquelle je m'attendais. Rien. C'est là que j'ai compris que j'avais complètement tourné la page.
Je lui ai répondu :
« J'ai encore des trucs à régler, rentre sans moi. »
Puis j'ai éteint mon portable.
Je suis retournée dans ma classe pour ranger mes manuels, j'ai trié les dossiers des élèves pour mon remplaçant, et une heure plus tard, j'ai enfin passé les portes du lycée, les épaules endolories.
Je sortais mon téléphone pour commander un Uber quand un coup de klaxon m'a fait sursauter. La voiture de Maxime était garée juste derrière moi.
Je suis restée figée. Il a klaxonné de plus belle et a passé la tête par la fenêtre.
— Monte. Tu vas rester plantée là comme une idiote encore longtemps ?
Je suis revenue à la réalité. En pensant à la grosse tache de sang sur mon pantalon qui risquait de salir ses sièges, j'ai ouvert la portière passager avec hésitation.
Maxime m'a jeté un regard agacé et m'a tendu un sachet en plastique noir.
— Attends.
J'ai pris le sac, un peu perdue.
— Tu sais très bien quand tombent tes règles et t'es même pas foutue de prendre une serviette ? Manon, t'as 28 ans. Tu ne peux pas apprendre à t'occuper de toi un minimum ?
— Tu t'es baladée toute la journée dans le lycée avec une tache de sang sur les fesses. Plusieurs élèves m'ont demandé si t'avais une maladie grave. C'est hyper embarrassant pour moi.
Embarrassant ?
L'odeur métallique du sang m'est remontée au nez. En réalité, j'avais prévu d'en prendre. C'est sa fichue note sur son téléphone qui m'avait fait baisser ma garde. Je pensais qu'il avait enfin appris à faire attention à moi.
Mais au final, la personne dont il se souciait vraiment, c'en était une autre.