Maman, c'est trop tard je suis déjà morteChapitre 1
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Ma mère me détestait. Pourtant, je n'étais censée être que sa fille adoptive. Usant de son influence et de sa fortune, elle m'a envoyée dans un internat de redressement réputé impitoyable, soi-disant pour « redresser mon caractère ».
Elle disait que mon grand-père Charles m'avait transformée en une enfant pourrie gâtée et égoïste, et qu'il fallait m'inculquer la morale à coups de discipline.
La nuit où j'ai enfin réussi à m'évader de cet enfer, je l'ai appelée. Ma voix tremblait, brisée par les sanglots.
« Maman, je t'en supplie… C'est moi, ta vraie fille. Inès et Marc essaient de me tuer. Sors-moi de là, s'il te plaît… »
À l'autre bout du fil, sa voix était glaciale.
« Tu n'as donc toujours pas perdu cette manie de mentir ? Si tu as envie de crever, fais donc. »
Peu de temps après, Inès a été admise dans la prestigieuse université dont elle rêvait. Pour fêter ça, ma mère a envoyé quelqu'un me chercher afin que j'assiste à la réception.
Elle s'était justifiée ainsi : « Après un an là-bas, elle a dû comprendre la leçon. Si elle se tient à carreau, je continuerai à payer pour elle jusqu'à ses dix-huit ans. »
Plus tard, elle est tombée sur les résultats du test ADN. Elle s'est effondrée. Elle s'est mise à me chercher partout, prête à tout pour se racheter.
Mais à quoi bon, maman ? Je suis déjà morte.
J'ai été abandonnée dès ma naissance, déposée sur le perron d'un orphelinat.
La directrice, Éléonore, ne pouvait pas me voir. Dès qu'un gamin faisait une bêtise ou qu'un objet disparaissait, c'est moi qu'elle punissait en premier. Elle m'enfermait pendant des heures dans un placard plongé dans le noir absolu.
J'avais cinq ans quand Diane a débarqué à l'orphelinat. Elle m'a adoptée, m'a acheté des vêtements neufs et m'a nourrie comme une princesse.
Finies les corvées de lessive. Finie l'obligation de rester à genoux pour avoir cassé une assiette. Diane prenait soin de moi avec une douceur infinie, comme si j'étais un trésor fragile.
Grâce à elle, mon visage pâle et maladif a enfin repris des couleurs.
Pourtant, la directrice de l'orphelinat continuait de passer pour des visites de contrôle. Un jour, elle m'a glissé à l'oreille : « Tu as beau être adoptée, tu ne restes qu'un chien errant. Tu n'arriveras jamais à la cheville de sa vraie fille. »
Je ne voulais pas la croire. J'avais juste hâte de voir la poupée que Diane m'avait promise en rentrant.
Mais la réalité m'a rattrapée bien trop vite. La directrice avait vu juste.
Peu de temps après, j'étais de nouveau abandonnée.