Ma sœur devait mourir à seize ans. C’est mon corps qu’ils ont retrouvéChapitre 2
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Soudain, mon corps est devenu très léger.
À travers la vieille porte en bois, je voyais la lumière chaleureuse du salon.
Maman et papa étaient assis tout contre Léna sur le canapé. Maman lui tapotait doucement le dos, tandis que papa gardait la tête baissée, les épaules secouées de légers tremblements.
Léna portait sa seule robe neuve : une robe bleu pâle avec de petites étoiles brodées sur l'ourlet.
Son visage semblait particulièrement pâle sous la lumière de la lampe, ses lèvres presque blanches.
« Maman, papa, est-ce que Jade va vraiment bien ? »
La voix de Léna était faible, étouffée par la fatigue. « Je l'ai entendue crier qu'elle avait mal à la tête... »
« Ne t'occupe pas d'elle. »
Maman a caressé tendrement la joue de Léna en écartant une mèche de cheveux de son front.
« Elle a raison. Elle n'a pas de fièvre, elle fait juste semblant pour qu'on s'intéresse à elle. Il ne te reste plus qu'un jour avant de... »
La voix de maman s'est brisée. Ses yeux sont devenus tout rouges.
« Pense juste à ton anniversaire demain. Ne la laisse pas te gâcher ce moment. »
Léna a serré les lèvres sans rien ajouter, mais ses sourcils se sont froncés encore plus.
Je savais qu'elle s'en voulait toujours.
Depuis aussi loin que je me souvienne, tout l'amour de nos parents s'était déversé sur elle.
Je devais me contenter de regarder quand elle avait droit à une crème dessert à la vanille encore chaude, sans parler des vêtements neufs ou des jouets.
Pourtant, Léna me glissait en secret ses biscuits, retouchait ses robes neuves pour qu'elles m'aillent, et quand nos parents me grondaient, elle était toujours la première à me défendre.
Elle me répétait tout le temps : « Jade, je suis désolée. C'est à cause de moi que tu trinques. »
Mais maman et papa ne voyaient pas les choses ainsi. Maman a soupiré, regardant Léna avec une immense pitié.
« Ne prends pas toujours sa défense. Cette fille est jalouse de toi depuis qu'elle est toute petite. Elle ne supporte pas de te voir heureuse. »
« Tu ne te souviens pas de tes quatorze ans ? »
Le quatorzième anniversaire de Léna... C'est la première fois que j'avais vraiment compris que ma sœur allait mourir.
Ce jour-là, mes parents avaient acheté un gâteau d'anniversaire pour la première fois, avec quatorze fines bougies plantées dessus.
Maman allumait soigneusement les bougies pendant que papa tenait notre vieil appareil photo, voulant immortaliser l'un des rares anniversaires qu'il restait à Léna.
Je regardais, cachée derrière la porte. Je voyais la lueur des bougies éclairer le visage de Léna, je la voyais fermer les yeux pour faire un vœu, je voyais les larmes que mes parents retenaient à grand-peine.
Et j'ai déboulé dans la pièce.
Je ne sais pas ce qui me passait par la tête à ce moment-là. Peut-être de la jalousie, ou peut-être mon refus d'accepter que cette sœur si douce avec moi allait m'abandonner.
J'ai balayé le gâteau d'un revers de main. La crème s'est écrasée par terre, les bougies ont roulé dans les coins et se sont éteintes.
« Je ne veux pas vous voir fêter son anniversaire ! » ai-je hurlé comme une enfant gâtée et insupportable.
Je me souviens encore du regard de mes parents.
Quand la main de papa s'est abattue sur moi, je n'ai pas esquivé.
Une fois, deux fois, trois fois...
Maman pleurait mais ne l'arrêtait pas.
C'est Léna qui s'est jetée sur moi, utilisant son corps fragile pour me protéger.
« Arrête de frapper Jade, papa, arrête ! »
Sa voix tremblait, mais elle me serrait fort contre elle. « C'est ma faute, c'est entièrement ma faute... »
Ce soir-là, Léna s'était faufilée dans ma chambre pour me glisser un bonbon qu'elle avait caché.
Elle avait une énorme marque rouge sur le poignet, là où elle s'était cognée contre la chaise en voulant me protéger.
« Jade, je suis désolée », m'avait-elle murmuré en effleurant ma joue gonflée.
« Je serai bientôt partie, et après ça... plus personne ne te volera tes affaires. »
Dans le salon, maman a caressé le visage de Léna, ses doigts glissant sur ses cheveux.
« Léna, ne fais pas attention à elle », a dit maman d'une voix épuisée. « Cette enfant est jalouse de toi depuis toujours, tu le sais bien. »
Je me suis figée.
Oui, j'avais été jalouse de Léna.
Jalouse de toute l'attention qu'elle recevait, jalouse de ses jolies robes, jalouse du fait que maman passait des nuits blanches à son chevet quand elle était malade, jalouse de voir qu'à un jour de sa fin, elle restait la prunelle de leurs yeux.
J'ai flotté vers Léna. Je voulais lui attraper la main, lui dire que j'avais vraiment de la fièvre, que ma tête allait exploser.
Mais ma main est passée à travers son corps, comme si je traversais de la brume.
Je suis restée immobile dans les airs, fixant mes doigts transparents.
Je me suis retournée vers la porte du débarras, fermée à clé. Une faible lueur passait sous la fente. J'ai flotté et j'ai traversé le bois. Je me suis vue, recroquevillée au milieu du désordre.
J'étais déjà morte.
Ce qui s'est produit avant que le compte à rebours de Léna ne tombe à zéro, c'était en réalité ma propre mort.