Trop tard pour tes larmesChapitre 3
Environ 4 200 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Aurore s'est figée net. Elle m'a dévisagé avec une stupéfaction totale, des larmes débordant de ses yeux pour s'écraser au sol.
En voyant son visage inondé de larmes, ma détermination a vacillé. J'ai serré les dents, j'ai fait un pas vers elle et je l'ai prise doucement dans mes bras.
Quand le groupe Valois m'avait recruté au départ, je débarquais dans cette ville, ignorant tout des mœurs des familles fortunées. À l'époque, Aurore avait été la seule à m'accueillir avec un sourire et à me tendre une bouteille d'eau.
En la voyant travailler avec tant de passion et de feu, j'étais tombé éperdument amoureux d'elle.
« Aurore, je t'aime encore. Mais toi, est-ce que tu m'aimes toujours ? »
Elle a gardé la tête baissée, refusant de décrocher un mot. Son silence confirmait mes pires angoisses et m'étouffait la poitrine.
*Une toute dernière chance,* me suis-je dit dans un lourd soupir en essuyant délicatement ses larmes.
J'allais lui laisser une ultime opportunité. Et si mon cœur finissait par s'éteindre complètement, je prendrais ma fille et je partirais pour toujours.
« Aurore, tu sais quel jour on est aujourd'hui ? »
Elle a cligné des yeux, a secoué la tête d'un air détaché avant d'enrouler ses bras autour de mon cou en se balançant contre moi d'un ton joueur.
« Si je ne m'en souviens pas, c'est que ce n'est pas important ! Nathan, arrête de t'encombrer l'esprit avec des dates inutiles. Promets-moi juste que tu n'aimeras jamais personne d'autre que moi ! »
En voyant son sourire, les mots *Aujourd'hui, c'est mon anniversaire* sont restés coincés dans ma gorge. Un épuisement profond m'a tiré vers le bas.
À peine sorti de prison, j'ai dû reprendre directement mes fonctions d'ingénieur à l'usine. Sachant que j'avais été accusé à tort, quelques collègues proches ont eu pitié de moi et m'ont renvoyé plus tôt à la maison pour que je me repose.
En rentrant avant l'heure, j'avais acheté les friandises que ma femme et ma fille adoraient. Mais dès que j'ai poussé la porte, la voix d'Aurore m'a cloué sur place.
« Espèce de vieux débris ! Regarde-moi avec tes gros yeux si tu veux ! Je vais détruire ton fils, tu m'entends ? Pour tout te dire, c'est Maxime et moi qui l'avons dénoncé aux flics ! Dommage qu'il n'ait pas crevé en cellule et qu'il m'ait laissé cette petite attardée inutile sur les bras. Pouah... »
À travers l'entrebâillement de la porte, j'ai tout entendu. Chaque mot dégoulinait de venin. J'ai vu son visage tordu par la haine.
« Maxime, lui, il est à mes pieds ! Voilà le genre d'homme qui me convient ! Puisque Nathan aime faire son grand seigneur vertueux, je vais le briser morceau par morceau, et j'attendrai de voir ton cœur lâcher sous le coup de la rage ! »
Je suis resté planté là, dans le couloir, les sacs serrés entre mes doigts, les mâchoires crispées au point d'en faire éclater mes dents. Tout mon corps tremblait de façon incontrôlable.
Je ne sais même pas comment j'ai fait pour retrouver mon calme. Je ne sais pas comment j'ai réussi à plaquer un faux sourire sur mon visage quand Aurore s'est précipitée hors de la pièce en bafouillant qu'elle « venait tout juste de rentrer ».
Une fois qu'elle s'est apprêtée avec ses fringues de marque et qu'elle a quitté l'appartement, Sarah est sortie de la chambre sur la pointe des pieds. De ses petites mains tremblantes, elle m'a tendu un bout de papier.
En découvrant les lettres maladroites formant *Joyeux anniversaire Papa*, des larmes brûlantes m'ont brouillé la vue.
Mon cœur est mort sur le coup. Et mon esprit s'est totalement éclairé.
Tard dans la nuit, Aurore est rentrée. Les yeux vitreux d'alcool, elle s'appuyait mollement contre l'épaule de Maxime.
« Nathan, il est hyper tard et tous les restos sont fermés. J'ai juste ramené Maxime pour qu'il mange un morceau. Pourquoi tu restes planté là sans dire bonsoir ? C'est quoi cette attitude ?! »
Sous la lumière blafarde de l'entrée, les suçons bien frais et violacés sur sa gorge ne laissaient aucune place au doute.
Un rire amer et sans joie m'a échappé. Repenser à toutes ces années de dévouement offertes à cette femme me donnait l'impression de vivre une mauvaise blague.
J'en avais fini avec les compromis. Les poings serrés, j'ai plongé mon regard droit dans le sien.
« Aurore, on divorce. »