Le Goût Amer du PoisonChapitre 3
Environ 4 200 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Léa a suivi le regard de Romane, me dévisageant de haut en bas avec une moue dédaigneuse.
« Trop vrai. Et dire qu’elle est déléguée... Garder tous les plans pour elle toute seule, c’est à vomir. »
Romane a gloussé doucement :
« Ne sois pas trop dure avec elle. »
Toutes les deux ont pouffé de rire dans le couloir — pas très fort, mais chaque intonation suintait le mépris.
Je me suis adossée au garde-corps, feuilletant mes fiches de littérature, récitant mentalement les citations d’auteurs et les figures de style.
Je n’avais pas d’énergie à gaspiller avec elles.
En voyant que je l’ignorais royalement, Romane s’est avancée de deux pas, abandonnant toute hypocrisie.
« Qu’est-ce qu’il y a, Justine ? T’as perdu ta langue ? Tu te sens coupable ? Ou tu flippes juste de voir que je vais t’écraser ? a-t-elle ricané. Si tu me supplies gentiment pour une gorgée, je pourrais peut-être t’en lâcher une goutte ou deux. »
J’ai refermé mes fiches d’un coup sec et l’ai regardée froidement dans les yeux.
« Si vous voulez papoter, faites-le plus loin. J’ai besoin de réviser. »
La mine de Romane s’est décomposée. Elle a ouvert la bouche pour riposter, mais la surveillante est sortie sur le pas de la porte, imposant le silence d’une voix autoritaire :
« Ouverture de la salle. Moins de bruit, s’il vous plaît. Ne dérangez pas les autres candidats. »
Romane et Léa ont échangé un regard contrarié et se sont tues.
J’ai rouvert mon classeur pour revoir la dernière série de concepts.
À huit heures vingt, la sonnerie d’appel a retenti.
Passage au détecteur de métaux, vérification des cartes d’identité, attribution des places.
Mon bureau se trouvait près de la fenêtre, au troisième rang. Romane était assise juste devant moi, au deuxième rang, en plein centre. Léa, elle, était reléguée au cinquième rang.
J’ai posé ma trousse, aligné ma convocation et ma pièce d’identité dans le coin supérieur droit, ai pris une longue inspiration pour calmer mon rythme cardiaque et ai fermé les yeux.
Lorsque les surveillants ont distribué les livrets du sujet de littérature, mon cœur a fait un léger bond.
J’ai soulevé la première page.
Le premier texte d’analyse littéraire... je m’en souvenais mot pour mot.
Le sujet de dissertation générale... je m’en souvenais parfaitement.
Chaque question, chaque ligne de texte était gravée dans ma mémoire.
Dans ma vie antérieure, j’avais commis une erreur impardonnable sur cette épreuve. J’avais fait un faux sens sur la problématique centrale et avais à peine décroché une moyenne passable à l’écrit.
Cette fois, je ne reproduirais pas cette faute.
Crispant mes doigts sur mon stylo, j’ai attaqué le sujet avec méthode dès la première question, noircissant les lignes avec une précision clinique.
Vers le milieu de l’épreuve, des bruits d’agitation sont parvenus du deuxième rang.
J’ai levé les yeux.
Romane se tortillait sur sa chaise, un bras fermement plaqué contre son ventre, le visage d’une pâleur spectrale.
La surveillante a remarqué son manège, s’est approchée et s’est penchée pour lui chuchoter quelques mots.
Romane a secoué la tête avec violence, les lèvres tremblantes, bredouillant une réponse inaudible — probablement pour affirmer qu’elle allait bien et qu’elle pouvait tenir le coup.
La surveillante a hésité un instant, puis est retournée vers son estrade.
Mais l’état de Romane s’est dégradé à une vitesse fulgurante. Tout son corps a été pris de spasmes visibles. De grosses gouttes de sueur perlaient sur son front et coulaient le long de ses tempes comme de la pluie. La main avec laquelle elle tenait son stylo tremblait si fort que ses phrases n’étaient plus que des gribouillages informes et illisibles.
Au cinquième rang, Léa n’était guère en meilleur état. Sa chaise grinçait sans interruption alors qu’elle se balançait d’avant en arrière, sa respiration devenant rauque, saccadée et laborieuse.
La surveillante est redescendue dans l’allée, haussant le ton cette fois-ci :
« Mademoiselle, est-ce que ça va ? »
Romane a tenté d’articuler. Sa bouche s’ouvrait et se fermait, mais aucun son n’en sortait — ses cordes vocales semblaient bloquées par un spasme violent.
Soudain, ses yeux se sont révulsés vers le haut, et elle s’est effondrée sur le côté, glissant lourdement de sa chaise.