66 Cartes de Pardon, Pas Une de PlusChapitre 1
Environ 5 100 signes. Chapitre 1 sur les 3 offerts ici.
Jack Wilson a organisé 66 voyages romantiques avant de me demander en mariage.
À la soixante-septième tentative, j’ai fini par craquer et lui dire oui.
Le jour de nos noces, je lui ai préparé 66 « cartes de pardon ».
Le marché était simple : chaque fois qu’il me blessait, il pouvait en utiliser une pour obtenir mon pardon sans dispute.
Pendant six ans de mariage, à chaque fois que Jack me manquait de respect à cause de Kelly, son amie d’enfance, il grillait une carte.
Au moment d'utiliser la soixante-quatrième, Jack a enfin senti que quelque chose clochait chez moi.
Je ne lui faisais plus de reproches. Je n'exigeais plus aucune limite. Je semblais ne plus avoir besoin de lui.
Alors qu'il s'apprêtait une fois de plus à me planter là pour courir rejoindre Kelly, je lui ai juste posé une question :
« Si tu la rejoins, j'utilise une carte de pardon ? »
Jack a marqué un temps d'arrêt, avant de me lancer un regard blasé.
« Fais ce que tu veux. De toute façon, il en reste plein. »
J'ai hoché la tête en silence en le regardant partir.
Il croyait encore que ces cartes étaient infinies.
Ce qu'il ignorait, c'est qu'il ne lui en restait plus que deux.
Ce soir-là, c'était le gala annuel organisé par le plus gros partenaire financier de l'entreprise.
C'était aussi le septième jour suivant mon opération pour une grossesse extra-utérine.
Kelly Perrin a fait tomber une part de gâteau sur le costume sur mesure du PDG invité.
Le premier réflexe de Jack a été de se précipiter vers elle pour vérifier qu'elle n'avait rien.
Puis il s'est tourné vers moi, le regard dur :
« Lily, va t'excuser auprès de M. Roche. »
Je l'ai fixé, sous le choc.
Le PDG essuyait sa veste, la rage montant à vue d'œil.
« Votre boîte a toujours eu l'habitude de fuir ses responsabilités ? La coupable se cache derrière les autres ! »
Kelly avait les larmes aux yeux, nichée contre le torse de Jack, jouant la victime fragile comme si c'était elle qui avait été agressée.
Jack la serrait contre lui de façon protectrice et m'a lancé un regard noir :
« Qu'est-ce que tu attends ? Dépêche-toi de t'excuser ! »
« Offre-lui un verre pour apaiser la situation. Hors de question de faire capoter ce partenariat ! »
Il avait totalement oublié que je sortais d'une opération lourde et que l'alcool m'était strictement interdit.
Ou plutôt : il se foutait éperdument de ma santé.
Kelly me jetait un regard narquois par-dessus son épaule, plein de défi.
Elle savait depuis le début que Jack me jetterait en pâture à sa place.
Elle savait qu'il prendrait toujours les coups pour elle.
Je refusais de payer pour sa bêtise, mais Jack s'est penché et m'a chuchoté à l'oreille :
« Une carte de pardon. »
À l'époque où il me courait après, Jack m'avait emmenée aux quatre coins du monde à 66 reprises rien que pour me prouver son amour. J'avais eu droit 66 fois à son attention exclusive.
À la 67e tentative, j'avais fini par dire oui devant nos familles et nos amis en larmes.
C'est là qu'il m'avait juré : « Lily, tu es la femme de ma vie. Si jamais je te trahis, que le ciel me punisse… »
Je lui avais posé les doigts sur les lèvres avant qu'il ne termine. Le voir à genoux, la voix tremblante, m'avait bouleversée.
Pour faire écho à ses 66 demandes, j'avais fait imprimer 66 cartes de pardon.
Je lui avais dit en riant : « Le jour où le paquet est vide, je demande le divorce. »
Pendant les cinq premières années de mariage, Jack gardait ces cartes enfermées dans notre coffre-fort, de peur que je ne les tamponne sur un coup de tête.
Mais depuis que son amie d'enfance Kelly était revenue de l'étranger, il n'avait fallu qu'un an pour qu'il en liquide soixante-trois.
Et ce soir, il venait de griller la soixante-quatrième.
Je me suis légèrement courbée, le corps tremblant sous la douleur aiguë qui me sciait le bas-ventre. J'ai regardé le PDG :
« M. Roche, je vous présente toutes mes excuses pour cet incident. »
L'homme d'affaires m'a dévisagée d'un air dégoûté, puis a soupiré avant de tourner les talons sans insister.
En relevant la tête, j'ai vu Jack qui replaçait délicatement une mèche de cheveux derrière l'oreille de Kelly.
« Fais attention la prochaine fois. Imagine si tu t'étais cognée contre la table ! »
« Oh ça va, rabat-joie… Tu n'as pas changé depuis le lycée. »
Depuis le lycée ?
La douleur de mes points de suture s'est diffusée dans tout mon abdomen. Je suis devenue livide.
Encore un peu de patience.
Il ne lui reste que deux chances.
À la fin de la soirée, j'ai traîné les pieds derrière Jack, pressée de rentrer m'allonger.
Mais il se tenait aux côtés de Kelly. On aurait dit un couple parfait.
Jack s'est tourné vers moi, le visage fermé :
« Rentre en taxi. Kelly s'est foulé la cheville, je l'emmène aux urgences. »
Il semblait avoir rayé mon opération de sa mémoire. Ses yeux ne contenaient que de l'inquiétude pour Kelly.
Autrefois, j'aurais protesté. J'aurais dit que j'avais mal, je l'aurais supplié de m'emmener aussi.
J'aurais pleuré, je lui aurais demandé pourquoi je devais toujours m'écraser alors que je n'avais rien fait.
Ce soir, j'ai simplement hoché la tête.
« D'accord. »
Jack a poussé un soupir de soulagement, l'air soudain plus doux.
« Sois prudente sur la route, Lily. »