Te pardonner Plutôt mourirChapitre 1
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À peine ai-je franchi la porte de nos retrouvailles d'anciens élèves qu'un petit garçon m'est rentré dedans. Un parfait inconnu. Pourtant, son visage était le portrait craché de mon ex, Arthur Morel.
Notre ancien prof principal, qui passait par là, nous a regardés avec un sourire nostalgique. « C'est ton fils et celui d'Arthur ? Il est absolument adorable ! »
Avant même que je puisse ouvrir la bouche pour expliquer la situation, Camille, mon ancienne meilleure amie, s'est précipitée pour prendre le petit dans ses bras.
« Hugo ! Je t'ai dit de ne pas courir comme ça ! »
Arthur la suivait de près. En croisant mon regard, il s'est figé sur place.
« Alice ? Tu... tu es vivante ?
Au son de sa voix, la tête de Camille s'est relevée d'un coup sec. Ses yeux étaient écarquillés par le choc.
Après tout, pour eux, j'étais morte depuis cinq ans, disparue en mer.
J'ai affiché un sourire mince, presque glacial. « Je suis une survivante. Un peu d'eau salée n'a pas suffi à m'achever. »
Toujours aussi calculatrice, Camille a repris le contrôle de ses expressions en un battement de cils. Elle a doucement bercé le petit garçon contre elle.
« Hugo, je te présente tata Alice. Tu devrais l'appeler ta marraine. »
Des années plus tôt, nous nous étions promis d'être les demoiselles d'honneur et les marraines des enfants de l'autre. Ça me semblait être une autre vie.
Le petit Hugo a murmuré timidement : « Bonjour marraine. »
Je n'ai pas répondu. J'ai adressé de brèves excuses à notre ancien prof, puis j'ai tourné les talons pour m'en aller.
Le prof, sentant le malaise, était probablement soulagé de me voir partir.
Mais pas Arthur. J'ai immédiatement entendu ses pas pressés derrière moi.
« Alice, attends ! Où est-ce que tu vas ? Je te raccompagne. »
Camille a froncé légèrement les sourcils, mais sa voix est restée mielleuse :
« Il a raison, tu n'as même pas de voiture. C'est tellement galère de se déplacer seule. »
J'ai dû me retenir de rire.
Après toutes ces années, elle me voyait toujours comme une fille fragile et incapable.
Mais après tout, si quelqu'un suppliait pour être mon chauffeur gratuit, pourquoi refuser ?
Pendant tout le trajet, Arthur n'a pas arrêté de me poser des questions sur ma vie.
Je ne lui ai donné que le strict minimum.
Quelqu'un m'avait sortie de l'eau ce jour-là. J'avais survécu. J'avais passé ces dernières années à l'étranger, gagnant ma vie en vendant mes peintures.
Si j'étais de retour aujourd'hui, c'était uniquement parce qu'un collectionneur d'art, un acheteur régulier, avait insisté pour me rencontrer en personne.
En entendant cela, le ton d'Arthur s'est durci.
« Un collectionneur ? Un homme ou une femme ? Tu es sûre qu'il est fiable ? Tu devrais te méfier, on ne sait jamais. »
Je lui ai répondu, sans une once de pitié :
« Si je n'ai pas pu faire confiance aux amis avec qui j'ai grandi, ni à l'homme qui partageait mon lit, sur quels critères devrais-je juger un inconnu ? »
Arthur s'est immédiatement tu.
Le visage de Camille s'est décomposé, puis elle a affiché un air furieux.
Une fois arrivés devant chez moi, j'ai pris mes affaires et je suis descendue de la voiture. Mais avant de partir, je me suis approchée du petit garçon assis à côté de Camille.
Le petit Hugo. Le haut de son visage était celui d'Arthur, le bas, celui de Camille.
Dès que j'ai tendu la main vers lui, Camille a serré l'enfant contre sa poitrine, terrifiée.
« Qu'est-ce que tu fais ? Tu veux te venger sur mon fils ? Il est innocent ! »
Arthur a aussi prononcé mon nom, d'un ton d'avertissement.
Mais j'ai simplement tendu les doigts pour retirer un noyau de pruneau de la bouche de Hugo.
« J'avais juste peur qu'il finisse comme ma propre fille. S'étouffer sous les yeux d'adultes irresponsables, jusqu'à en mourir. »
Leurs visages sont devenus livides. Le silence est retombé, pesant.
Une fois chez moi, j'ai reçu un message de M. Robert.
Il appréciait sincèrement mon travail. Depuis des années, même s'il n'achetait pas tout, il m'écrivait pour me complimenter sur chaque nouvelle toile.
Ce voyage n'était pas seulement pour le rencontrer ; c'était aussi pour clore un chapitre douloureux de ma vie.
C'est dans un café calme que j'ai retrouvé M. Robert.
C'était un homme d'une soixantaine d'années, élégant, au visage émacié.
« Chère Alice, je vois tellement d'histoires à travers vos peintures. Elles me rendent incroyablement curieux. »
« Aurais-je l'honneur d'en apprendre un peu plus sur votre passé ? »
J'ai jeté un coup d'œil autour du café paisible, puis j'ai hoché la tête.