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Chapitre 2 / 3 · 0 %

Largué pour son assistant elle ignorait que mon père finançait sa boîteChapitre 2

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Mon père possède plus d'une centaine de filiales et figure chaque année dans le top 20 du classement Forbes.

Je suis, par définition, le pur héritier d'une dynastie milliardaire.

Mais quand j'ai rencontré Victoire à la fac, je me rappelle distinctement comment elle m'avait raconté son drame : son père avait été renversé et tué par un chauffard, un fils à papa blindé. Grâce aux avocats et à l'influence de sa famille, le type n'avait pris que quelques mois avec sursis avant d'être totalement blanchi.

Depuis ce jour, Victoire vouait une haine viscérale aux riches.

Alors, par amour pour elle, j'avais effacé mes origines. J'avais refusé tous les postes dorés que mon père me réservait, j'étais parti vivre avec elle en province et j'avais vidé tous mes comptes d'épargne personnels pour l'aider à monter sa boîte.

Jusqu'à hier encore, je croyais naïvement qu'on touchait enfin au but, que toutes ces épreuves en valaient la peine.

Je me rendais compte aujourd'hui de l'ampleur de mon naufrage.

Après avoir raccroché, je suis rentré dans le petit appartement qu'on partageait encore. Le salon était magnifiquement décoré, intime et romantique. Des bougies formaient un chemin lumineux sur le parquet, menant à un bouquet immense de roses bleues.

Au cœur des fleurs reposait un écrin ouvert avec un solitaire en diamant.

À côté, l'acte de propriété d'un hôtel particulier que j'avais acheté pour lui faire la surprise de notre vie.

J'avais imaginé cette scène un millier de fois. Les larmes de joie dans ses yeux, ses bras autour de mon cou… Tout ça n'avait plus aucun sens. Victoire ne le verrait jamais.

J'ai tout pris : la bague, l'acte de vente, les fleurs, et j'ai tout balancé dans le vide-ordures de l'immeuble.

Ensuite, j'ai réservé un vol pour le lendemain soir. Il me fallait juste une journée pour boucler mes affaires et signer ma démission en règle.

*Bip.*

Une notification WhatsApp a illuminé mon écran.

C'était une courte vidéo envoyée par Dorian.

Sur la séquence, Dorian portait Victoire façon princesse dans ses bras. Elle avait les joues rouges, le regard troublé, les bras noués autour de son cou, le visage enfoui dans son torse. Ils formaient le couple idéal.

Autour d'eux, les collègues hurlaient en chœur : « Le bisou ! Le bisou ! »

La vidéo a été supprimée quelques secondes plus tard.

Puis un message est apparu :

*« Oups, désolé Tristan, erreur de destinataire ! »*

Évidemment. Dorian n'avait jamais rien fait par erreur. C'était juste une provocation de plus.

Ces dernières années, il m'avait fait le coup un nombre incalculable de fois.

D'habitude, j'explosais de rage, je demandais des comptes à Victoire, et ça finissait invariablement par elle qui me hurlait dessus :

« Tu peux arrêter d'être aussi toxique et parano ? Tu ferais mieux de te concentrer sur ton travail au lieu de te monter des films ! »

Au début, je culpabilisais, je pensais que c'était moi le problème. Jusqu'au jour où Victoire a eu une mauvaise grippe et que, dans son demi-délire fiévreux, elle a murmuré le prénom de Dorian.

Ce jour-là, j'ai su qu'elle ne m'aimait plus.

Cette fois, je n'ai rien ressenti. Pas de colère, pas de tristesse. J'ai bloqué Dorian sur WhatsApp et j'ai effacé son contact.

Moins de cinq minutes après, mon téléphone vibrait.

Victoire.

« Tristan, tu as bloqué Dorian ? » a-t-elle attaqué sans même dire bonsoir, d'un ton glacial et agressif.

Peu importait ce que Dorian m'avait envoyé : le seul crime, c'était que je l'aie bloqué.

« Oui, » ai-je lâché.

« Mais tu as un problème psychiatrique ou quoi ? C'est ton collègue ! Comment tu veux qu'il bosse avec toi maintenant ? Il est persuadé qu'il a fait une gaffe, il culpabilise et il est au bord des larmes. Débloque-le et présente-lui tes excuses ! »

Un rire amer m'a échappé. « Tu as la moindre idée de ce qu'il m'a envoyé ? »

Un blanc s'est installé, le temps qu'elle lui pose sans doute la question. Puis elle a repris avec dédain :

« Et alors ? Même s'il s'est trompé de vidéo, ce n'est pas la fin du monde ! »

Évidemment. Avec Dorian, ce n'était jamais grave.

« Tu as raison, ai-je ironisé froidement. Rien n'est jamais grave avec lui. Comme la fois où il s'est "trompé" en envoyant notre grille tarifaire minimale à un concurrent, ce qui nous a coûté un million d'euros de contrats. »

Ce fiasco avait été une catastrophe absolue. Une semaine de négociations et un million partis en fumée par son incompétence.

Et à l'époque, Victoire avait déjà balayé l'affaire sous le tapis.

Le silence s'est fait au bout du fil. Visiblement, elle s'en souvenait très bien.

Puis j'ai entendu la voix feutrée de Dorian en arrière-plan : « Victoire, laisse tomber… Tristan m'en veut sûrement pour les parts de ce soir. C'est à moi de m'excuser… »

Le ton de Victoire s'est radouci en un battement de cils : « Ne dis pas de bêtises, Dorian. Tu n'y es pour rien. Laisse-le bouder dans son coin. »

Et elle a raccroché.

C'était toujours la même rengaine. À chaque dispute, sous prétexte que j'avais besoin de « me calmer », elle filait passer la soirée avec lui.

Mais ce soir, je n'étais même pas en colère.

Je me suis installé à mon bureau, j'ai rédigé ma lettre de démission sans préavis et je l'ai envoyée aux Ressources Humaines.