Sa maîtresse peut garder le mariéChapitre 2
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Sa voix a complètement lâché.
Elle a repris une inspiration saccadée, les yeux rivés sur Thomas.
« Thomas, je n’ai plus rien. »
Il était blanc comme un linge.
Il a reculé d’un pas, puis d’un autre, jusqu’à buter contre le bord de l’autel. Il n’avait plus où fuir.
Il m’a regardée. Une lueur de panique a traversé ses yeux, vite remplacée par un air mauvais.
« Manon, tu as tout organisé, c’est ça ? Tu l’as recrutée où, cette femme ? »
« Tu continues à jouer les innocents ? »
Ma voix a claqué, nette et forte.
Mes yeux me brûlaient et mon nez me piquait, mais je refusais de pleurer.
Je ne verserais pas une seule larme devant cette ordure.
« Thomas, ça fait cinq ans que je suis avec toi. Cinq années entières. Depuis la fin de la fac, j’ai vécu avec toi dans des appartements minables sans ascenseur, mangé des nouilles instantanées et veillé jusqu’à trois heures du matin pour t’aider à monter ta boîte. »
« L’argent pour lancer ton entreprise venait d’un emprunt de mes parents. Tu avais juré de m’épouser. Tu m’avais promis un vrai foyer. Et je t’ai fait confiance. »
J’ai détaché chaque syllabe.
« Et toi, qu’est-ce que tu as fait ? Ça fait trois ans que tu entretiens une liaison avec elle. Trois ans que tu me trompes. »
« Tu sais ce que tu es ? Un escroc qui joue sur les deux tableaux. Tu t’es servi de moi, et tu t’es servi d’elle. »
L’expression de Thomas a complètement changé.
Il a cessé de jouer les innocents.
Son regard s’est durci et sa bouche s’est figée en une ligne cruelle.
« Manon, tu as fini ton caprice ? »
« Mon caprice ? »
J’ai désigné Léa derrière moi.
« Elle a appris que tu te mariais aujourd’hui et elle a fait six heures de car depuis sa ville pour venir jusqu’ici. »
« Elle m’a appelée pendant le trajet, en pleurs. Elle disait qu’elle voulait juste le voir de ses propres yeux. »
Léa a baissé la tête. Ses larmes tombaient sur le parquet.
J’ai poursuivi : « Je lui ai dit : “Viens. Et ne te contente pas de venir : enfile une robe de mariée et remonte l’allée.” »
« Parce que je voulais que chaque personne présente voie le monstre qui se tient devant nous. »
« Toi… »
Thomas a pointé sur moi un doigt tremblant.
« T’es complètement folle. »
« Ah oui ? »
J’ai laissé échapper un rire froid.
« Il y a un mois, quand j’ai tout découvert, je n’ai pas crié, je n’ai pas pleuré et je ne t’ai pas demandé d’explications. Tu sais pourquoi ? »
Il n’a pas répondu.
« Parce que j’attendais ce jour. J’attendais précisément ce moment. »
Un brouhaha a envahi la salle.
Les proches marmonnaient avec colère, les amis chuchotaient, et le célébrant a enfin repris ses esprits. Il a discrètement coupé son micro avant de s’éclipser par une porte latérale.
Je n’irais pas au bout de ce mariage.
Et sauver les apparences était bien le dernier de mes soucis.
C’est alors que quelqu’un s’est précipité depuis le premier rang pour nous rejoindre sur l’estrade.
C’était la mère de Thomas.
Elle est venue se placer entre son fils et moi.
Elle s’appelait Hélène. Ancienne cadre de la fonction publique à la retraite, elle avait toujours accordé une importance immense à la dignité et aux bonnes manières.
Elle m’a regardée, le visage traversé d’émotions contradictoires.
Elle m’a pris la main.
J’ai voulu me dégager par réflexe, mais elle m’a retenue.
Sa paume était chaude et sèche, tout le contraire de celles de Thomas, toujours froides et moites.
Elle m’a glissé quelque chose dans les mains.
J’ai baissé les yeux.
C’était la parure en or transmise dans sa famille.
Un collier, un bracelet et des boucles d’oreilles, soigneusement enveloppés dans du velours.
Elle me les avait elle-même passés le matin, pendant les préparatifs.
« Manon, a-t-elle murmuré d’une voix étranglée.
Quoi qu’il se soit passé, parlons-en à la maison. S’il te plaît, on peut rentrer et en discuter ? »
Ses yeux débordaient de désespoir.
Une douleur sourde m’a serré la poitrine.
Depuis que j’avais découvert le secret de Thomas, un mois plus tôt, je n’avais pas versé une larme.
Pourtant, en voyant le visage d’Hélène et les rides profondes autour de ses yeux, j’ai senti ma gorge se nouer.
Pendant ces cinq années, Hélène m’avait toujours traitée comme un membre de la famille.
Elle m’offrait des vêtements pour les fêtes, grondait Thomas lorsqu’il restait au travail au lieu de rentrer me retrouver et préparait mes plats préférés à chacune de mes visites.
Elle m’avait sincèrement aimée comme sa fille.
J’ai serré le petit paquet de velours, baissé la tête et dit doucement :
« Hélène, ni vous ni Arthur n’y êtes pour rien. Mais ce que Thomas a fait… c’est impardonnable. »