Brûlée par ses mensongesChapitre 1
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Brûlée par ses mensonges
Un appel d’urgence est tombé en pleine nuit. Un immeuble en flammes, un couple piégé au dernier étage.
Quand j’ai défoncé la porte au milieu du brasier, j’ai découvert Mathilde, ma femme depuis sept ans, nue et enlacée à un autre homme.
Tous les deux suffoquaient dans la fumée noire, mais Mathilde trouvait encore la force de murmurer le prénom de son amant.
Plus tard, j’ai tiré un trait sur le passé et j’ai demandé le divorce pour refaire ma vie.
C’est là que les regrets l’ont rattrapée. Elle s’est effondrée à mes pieds, en larmes, me jurant que j’étais le seul homme qu’elle avait jamais aimé.
Elle pensait que j’allais céder, comme d’habitude. Mais tout le monde autour de nous a éclaté de rire :
« Elle a complètement perdu la tête ? Le mec est remarié, il a une gamine, et elle vient encore chialer pour une seconde chance ! »
* * *
La fumée épaisse envahissait la cage d’escalier. J’avançais à tâtons dans le noir, le souffle court derrière mon masque à oxygène.
L’alerte était tombée à la caserne au milieu de la nuit. C’était ma garde.
Un voisin avait composé le 18. Le feu s’était déclaré dans la cuisine de l’appartement mitoyen.
Le temps que le gars se réveille en toussant et donne l’alerte, les flammes avaient déjà dévoré tout le couloir. C’était un carnage.
— Le témoin affirme qu’un jeune couple habite ici. Dès qu’on est entrés, on se sépare en deux binômes de reconnaissance ! ai-je ordonné à mon équipe.
J’ai ouvert la marche et j’ai enfoncé la porte blindée d’un coup de botte. Mais avant même de donner l’ordre de dispersion, je suis resté pétrifié.
Juste derrière le seuil, une femme nue gisait sur le carrelage.
On aurait dit qu’elle avait rampé de toutes ses forces pour atteindre la sortie avant de s’écrouler au tout dernier moment.
À côté d’elle, un homme, nu lui aussi. Leurs corps étaient étroitement enlacés.
Ce visage féminin, je l’aurais reconnu entre mille. C’était Mathilde. Ma femme. Celle que j’aimais à la folie depuis huit ans.
Et l’homme à ses côtés ne m’était pas inconnu non plus. C’était Adrien, son meilleur ami d’enfance.
Debout au milieu des volutes de suie toxique, j’ai eu l’impression d’être frappé par la foudre. Mon cerveau s’est vidé d’un coup.
Quelques heures plus tôt, avant que je ne parte pour ma garde, Mathilde m’avait sauté au cou pour m’embrasser avec passion.
À cause des risques de mon métier, je partais travailler chaque soir comme si ça pouvait être le dernier.
Et Mathilde s’inquiétait toujours pour moi. À chaque départ, elle s’accrochait à mes bras en refusant de me lâcher.
Je refusais d’y croire. J’ai prié pour que ce soit une hallucination due au monoxyde de carbone. Étais-je en train de mourir ? Était-ce un cauchemar ?
À côté de moi se tenait Hugo, mon meilleur pote de la brigade. Il connaissait Mathilde. Il l’a reconnue instantanément, allongée là, sans le moindre vêtement sur le dos.
Je l’ai senti se figer net, paralysé par le choc.
À travers le brouillard brûlant, Mathilde remuait encore. En apercevant le faisceau de nos lampes torches, elle a trouvé un filet de voix :
— Adrien… Adrien… n’aie pas peur… ils arrivent… tiens bon…
Mon corps s'est mis à trembler violemment. Ma toute dernière illusion est partie en poussière.
C’était tellement écœurant. Tellement insupportable. Ma tête menaçait d'exploser.
Quelqu'un m'a poussé dans le dos : c'étaient mes gars. J'ai forcé mon corps à réagir comme un automate.
Je n'ai même plus de souvenirs de la fin de l’évacuation. Tout ce que je sais, c'est qu'on a extirpé ces deux corps nus du brasier.
J'ai balancé une couverture thermique sur eux. Même au moment où les ambulanciers les ont chargés sur les brancards, à demi-conscients, leurs mains restaient serrées l'une dans l'autre.
Je me suis effondré sur le trottoir. Mes collègues ont accouru, affolés. Ils ne m'avaient jamais vu dans cet état et ont cru que j'avais été touché.
J'étais blessé, en effet. Dans la précipitation de la sortie, mon poignet avait heurté une cornière métallique rouillée. La chair était à vif, et le sang coulait à flots sur le bitume.
Un secouriste s'est précipité pour me poser un pansement compressif. Au milieu du ballet des gyrophares bleus, on m'a fait monter dans une ambulance. Je ne savais pas où on m’emmenait, et honnêtement, je m’en foutais.
La douleur était intenable. Mais elle ne venait pas de mon poignet. Tout mon corps était anesthésié.
C’était étrange. La plaie était profonde, ça saignait fort, ça aurait dû me brûler. Mais je ne ressentais absolument rien.
La seule chose que je savais, c'est que cette nuit-là, Mathilde, la femme que j'avais portée au sommet de ma vie pendant huit ans, venait de m'achever d'un coup de poignard en plein cœur. Ça faisait mille fois plus mal que de crever dans ce feu.