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Chapitre 1 / 3 · 0 %

Jetée pour sa collègue, je l'ai regardé tout perdreChapitre 1

Environ 5 200 signes. Chapitre 1 sur les 3 offerts ici.

Ethan était affalé dans le salon devant la télé. De mon côté, je lui avais emprunté sa tablette pour suivre une vidéo de cuisine.

J'étais en train d'apprendre à préparer une salade de poisson fumé quand l'écran s'est allumé.

Une notification est apparue.

Un message Snapchat d'Ambre.

[Ta meuf a encore posté son tupperware de midi dans le groupe. Franchement, ça a l'air tellement gras.]

[Tu n'as pas la nausée d'avaler ça tous les jours ?]

Je me suis figée. Poussée par une sombre intuition, j'ai déverrouillé l'écran.

La réponse d'Ethan datait d'il y a trente secondes.

[Si, mais je n'ai pas le choix. Elle est tellement fragile et susceptible. Un mot de travers et elle chiale pendant des heures. Prends ça comme ma bonne action du quotidien.]

La lumière froide de l'écran m'a brûlé les yeux.

« Je ne fais plus rien à manger », ai-je lâché en lui tendant l'appareil.

« Va bouffer dehors. Et ne prends même pas la peine de rentrer après. »

Ethan s'est figé, son regard glissant vers l'écran.

Ses sourcils se sont aussitôt froncés.

« Tu as fouillé dans mes messages ? »

« La notification est apparue toute seule », ai-je répondu d'une voix neutre en le fixant droit dans les yeux.

« Et tu ne pouvais pas juste l'ignorer ? »

Il m'a arraché la tablette des mains avant de la balancer sur le canapé.

« C'est un délire entre collègues, un simple délire de bureau. Tu es obligée de dramatiser pour tout et n'importe quoi ? »

« Clara, tu vas te soigner quand de ton insécurité et de ta paranoïa maladive ? »

Il s'est levé, a marché d'un pas lourd jusqu'à l'entrée, a attrapé sa veste et l'a enfilée d'un geste sec.

« Parfait. Puisque tu n'es pas d'humeur à écouter la raison, je vais te laisser la soirée pour décuver. »

« Réfléchis un peu à ton comportement. »

La porte d'entrée a claqué dans un bruit sourd.

Je suis restée seule dans la cuisine ouverte, les yeux rivés sur le filet de poisson à moitié tranché sur la planche en bois.

Une vague d'amertume et d'injustice m'a submergée.

Autrefois, je ne mettais jamais les pieds dans une cuisine.

Quand on a emménagé ensemble, Ethan a bossé comme un forcené pendant deux semaines d'affilée pour signer un gros client. Résultat : il s'est retrouvé hospitalisé d'urgence pour un ulcère à l'estomac avec hémorragie.

Je suis restée à son chevet pendant quinze jours, le cœur brisé de le voir détruire sa santé.

Pour soigner son estomac, je m'étais inscrite à des cours de nutrition et de cuisine saine. Je lui préparais des petits plats équilibrés tous les matins sans exception.

J'avais encore de légères cicatrices sur les doigts, souvenirs de mes premiers pas maladroits avec des couteaux de chef et des poêles brûlantes.

À cette époque, dès qu'il finissait son repas, il le prenait en photo pour l'afficher fièrement sur Instagram.

Il répétait à tout le monde que j'étais la meilleure petite amie du monde, que m'avoir dans sa vie était sa plus grande bénédiction.

Et puis, Ambre est revenue de l'étranger et a rejoint sa boîte...

Et toute cette dévotion s'était transformée en « bonne action » de sa part ?

Ambre était son ancienne camarade d'école de commerce. Jeune, sublime, toujours perchée sur des talons et moulée dans des tailleurs impeccables.

Elle ne jurait que par les salades bio à faible teneur en calories, buvait des americanos glacés et parlait de levées de fonds et de stratégies marketing à longueur de journée.

Pendant ce temps, pour épauler Ethan au quotidien, j'avais décliné plusieurs offres d'agences prestigieuses.

Je bossais à domicile comme illustratrice freelance. Mes journées tournaient autour de mes toiles, des courses et du ménage.

À ses yeux, j'étais devenue une simple ménagère inutile et ringarde, incapable de faire autre chose que des plats jugés trop gras.

En silence, j'ai balayé les tranches de poisson dans la poubelle, me suis lavé les mains et suis entrée dans la chambre.

À peine venais-je d'allumer mon ordinateur qu'un client m'a envoyé un message : il attendait la première version des croquis pour ma future exposition.

J'ai cherché ma clé USB sur le bureau, celle où je gardais tous mes originaux. Rien.

Je me suis précipitée vers l'entrée. Dans sa colère, Ethan avait dû ramasser ma clé USB en même temps que ses clés de bagnole.

J'ai pris une grande inspiration et j'ai composé son numéro.

La tonalité a retenti longtemps avant qu'il ne daigne décrocher. En fond, la musique était assourdissante. Un bar branché.

« Quoi encore ? » a-t-il aboyé, à bout de patience.

« Je t'ai dit que j'étais sorti. Tu peux arrêter de harceler mon téléphone ? »

« Tu as emporté ma clé USB », ai-je dit, luttant pour garder une voix stable.

« Tous mes projets en cours sont dessus. C'est capital, le client exige la livraison demain. »

Un court silence s'est installé à l'autre bout du fil, vite brisé par le rire cristallin d'Ambre.

« Ethan, c'est qui ? Elle te flique encore ? Dis donc, Clara te tient vraiment en laisse courte ! »

Ethan a masqué le micro avec sa main, mais sa voix m'est parvenue, étouffée et sèche :

« J'ai la clé. Je n'ai pas le temps de faire l'aller-retour. Viens la chercher demain au bureau. »

Puis il a raccroché sans attendre ma réponse.

Le bip de fin d'appel résonnait dans mon oreille tandis que mes doigts se crispaient sur le smartphone.