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Chapitre 2 / 3 · 0 %

Je me suis sacrifiée pour lui, mais j'en aimais un autreChapitre 2

Environ 6 100 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.

Quand j'ai entendu Adrien me dire de monter dans sa voiture, je suis restée pétrifiée.

En sept ans, cela n'était jamais arrivé.

D'habitude, il se montrait d'une dureté implacable avec moi, comme s'il me méprisait du plus profond de son être.

Non seulement il m'interdisait de toucher à ses véhicules, mais il répétait constamment qu'une fille de ma condition dans sa voiture serait une honte absolue pour lui.

Je me souviens qu'un jour, en perdant l'équilibre, j'avais effleuré sa portière pour me rattraper : il m'avait immédiatement repoussée violemment au sol, et dès le lendemain, il avait revendu cette berline achetée moins de trois mois plus tôt.

Et maintenant, c'était lui qui m'invitait à monter.

Pendant un instant, j'ai cru avoir mal entendu.

Autour de nous, tout le monde était sous le choc, à commencer par Victoire.

Tous les regards étaient braqués sur Adrien, stupéfaits.

Ce n'est qu'à cet instant qu'Adrien a semblé réaliser ce qu'il venait de dire. Une lueur de panique tout à fait inhabituelle a traversé ses yeux, mais il a très vite repris son air détaché :

« C'est la seule dans toute la ville à avoir ce sang rare. Je me suis juste dit qu'avec la nuit qui tombe et le verglas, ce serait du gâchis si elle mourait gelée sur le trottoir. »

« Pour la sécurité de Victoire, je dois m'assurer qu'il n'arrive rien à cette réserve de sang. »

C'était bien l'explication que j'avais imaginée.

Ses paroles ne m'ont fait ni chaud ni froid.

Après tout, l'amour obsessionnel d'Adrien pour Victoire était connu de tous.

Une fois, alors que Victoire avait fait une bourde au travail et s'était fait remonter les bretelles par son chef, Adrien avait tout simplement racheté la boîte pour la liquider. Il avait même fait jouer ses relations pour détruire définitivement la carrière de ce manager.

Alors aujourd'hui, qu'il accepte à contrecœur de me faire monter en voiture pour protéger la survie de Victoire, c'était parfaitement logique.

Sauf que j'ai le mal des transports. J'ai donc décliné son offre :

« Pas la peine. Je vais rentrer à pied. »

Le visage d'Adrien s'est aussitôt durci.

« Fais comme tu veux. »

Sur ce, il est remonté dans sa voiture et est parti sans se retourner.

Immédiatement, les ricanements ont fusé autour de moi :

« Adrien a eu pitié d'elle une demi-seconde et elle prend la grosse tête ! Tu croyais vraiment que n'importe qui pouvait s'asseoir dans sa caisse ? »

« Pas étonnant qu'Adrien ne l'ait jamais regardée en sept ans, elle n'a aucune jugeote. »

À travers la vitre, Victoire m'a adressé un sourire arrogant.

Je me suis contentée de resserrer mon manteau déchiré autour de moi et j'ai pris le chemin de mon petit appartement de location.

Le ciel nocturne de ce monde était différent de celui de chez moi.

En contemplant ces étoiles inconnues, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à mon mari.

Le Système avait stabilisé son état, mais après sept ans de séparation, il devait se faire un sang d'encre pour moi.

Heureusement, tout cela allait bientôt prendre fin.

Un léger sourire a étiré mes lèvres à cette pensée.

Mais à ce moment précis, quelqu'un m'a poussée violemment dans le dos.

Prise par surprise, j'ai basculé directement dans les eaux glacées du lac du parc.

Déjà affaiblie par ma prise de sang, j'ai eu l'impression que mes membres gelaient instantanément, me paralysant sur place.

Alors que je me débattais dans cette eau mortelle, j'ai aperçu Victoire sur la rive, me fixant avec un rictus cruel.

...

Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais sur un lit d'hôpital. Victoire se tenait près de moi, me toisant avec un mépris non dissimulé.

« Tiens donc, notre petite sainte Camille est encore en vie ? »

Elle s'est penchée vers moi, le venin coulant dans chaque mot :

« Je suis surprise que tu aies signé le protocole pour l'opération. Je pensais que tu refuserais de me sauver, par fierté déplacée. »

« On dirait que tu as enfin compris où est ta place. »

« Tu as enfin compris que la seule utilité de ta misérable existence, c'est de me sauver la mienne. »

Elle a marqué une pause, son ton devenant encore plus incisif :

« Mais ne t'avise même pas de rêver d'épouser Adrien. »

« Moi vivante, ça n'arrivera jamais. Et sa famille ne le permettra pas non plus. »

« Comment les de Courcy pourraient-ils laisser une moins-que-rien comme toi, sortie de nulle part, intégrer leur dynastie ? »

Victoire a sorti une carte bancaire de sa poche et l'a jetée sur mon drap :

« Prends cet argent après l'opération et disparais le plus loin possible. »

« Si jamais tu réapparais devant Adrien ou devant moi, tu le regretteras amèrement. »

J'ai regardé la carte en plastique et j'ai simplement secoué la tête.

J'allais quitter ce monde dans quelques jours, à quoi bon avoir de l'argent ?

« Je ne veux pas de ton argent. »

Le visage de Victoire s'est assombri d'un coup :

« Tu cherches les ennuis ! »

« Puisque tu tiens tant à faire bonne figure devant Adrien, je vais te faire passer l'envie une bonne fois pour toutes. »

La seconde d'après, elle a attrapé le bol de bouillon brûlant qu'Adrien avait laissé sur la table de chevet et se l'est renversé en plein sur le visage.

Aussitôt, elle s'est prise la tête dans les mains en poussant des hurlements stridents :

« Aaaah ! C'est brûlant ! »

Elle gémissait de douleur tout en me jetant des coups d'œil perfides en biais. Ses lèvres esquissaient un sourire démoniaque, mais sa voix feignait le pardon le plus pur :

« Camille... pardon, je ne l'ai pas fait exprès ! Je ne savais pas que c'était si chaud... »

« Mais si te venger comme ça te fait du bien, je promets à Adrien que je ne dirai rien... »

J'ai tout de suite compris sa manœuvre grossière.

Toujours le même coup monté.

Elle avait déjà utilisé ce piège un nombre incalculable de fois pour me faire accuser.

Et chaque fois, Adrien me punissait sans chercher à comprendre.

Sans surprise, la porte s'est ouverte avec fracas et Adrien est entré.

En découvrant la scène, son visage s'est décomposé de colère. Il s'est précipité vers moi, le bras levé, prêt à me frapper.

Mais sa main est restée suspendue dans les airs.

Puis, il a poussé un long soupir :

« Camille... que ce soit la dernière fois. »