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Chapitre 3 / 3 · 0 %

Ma femme ne sera jamais muetteChapitre 3

Environ 4 300 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.

Le vent frais d'automne annonçait le crépuscule.

Dès que mon écran de téléphone a été réparé, j'ai envoyé un message au Dr Moreau : [Je souhaite essayer l'hypnothérapie dont vous m'aviez parlé.]

Le médecin m'a répondu presque immédiatement : [Cette thérapie implique d'occulter une partie de vos souvenirs.]

[De plus, il nous faut la signature d'un proche pour garantir que quelqu'un veillera sur vous pendant votre convalescence.]

Mes yeux se sont attardés sur le mot « proche ». J'ai souri avec amertume. Je n'avais plus personne.

J'ai fait défiler mes contacts sans fin, mon pouce hésitant au-dessus d'une photo de profil familière.

Soudain, une notification est apparue : [Je viens d'atterrir en ville. Tu es libre pour dîner ?]

J'ai tapé une réponse rapide pour lui fixer un point de rendez-vous.

Le regard perdu vers la baie vitrée, mes pensées ont dérivé.

Tristan était le fils de mon professeur de langue des signes. À force de prendre des cours chez lui, nous nous étions beaucoup rapprochés.

Trois ans plus tôt, quand il avait appris que j'allais épouser un homme dans le coma, il avait brisé de rage le cadeau d'anniversaire qu'il m'avait préparé. Il avait crié que sa mère avait perdu son temps à m'apprendre à m'exprimer.

J'avais répliqué par gestes avec virulence, employant les mots les plus blessants possibles.

Peu après, il était parti poursuivre ses études à l'étranger, et je pensais ne plus jamais le revoir.

Je ne m'attendais pas à son retour. Après tout ce temps, il avait pris une carrure d'homme, dégageant une aura imposante dès qu'il cessait de sourire.

Je suis allée droit au but en signant : [Est-ce que tu peux... prétendre être un membre de ma famille et signer pour moi ?]

Son visage s'est figé. Lorsqu'il a compris toute l'histoire, ses poings se sont serrés sur la table, luttant pour contenir sa fureur.

« Tu es absolument certaine de vouloir faire ça ? »

J'ai hoché la tête. À quoi bon garder ces souvenirs toxiques ? D'autant qu'en les enfouissant, je pourrais enfin retrouver ma voix.

« D'accord. »

Il faisait nuit noire quand je suis retournée à la villa des Beaumont. Toutes mes affaires avaient été jetées négligemment dans le hall d'entrée.

Bastien m'a gratifiée d'un regard glacial : « Roxane, ne dis pas que je manque d'égards. À partir de maintenant, tu logeras dans la chambre d'amis. »

J'ai acquiescé calmement. Déstabilisé par mon absence de réaction, il m'a détaillée de la tête aux pieds.

De toute façon, j'allais bientôt tout oublier de lui, alors qu'importait où je dormais ?

Soudain, un petit chien a déboulé dans le couloir. Prise de panique, j'ai machinalement agrippé le bras de Bastien.

Il a froncé les sourcils avec dégoût et m'a repoussée d'un geste sec.

« Roxane, reste à ta place. »

La poussée était si violente que j'ai trébuché et heurté le sol, une vive douleur irradiant mon poignet.

J'avais une phobie des chiens depuis l'enfance. Le garçon qui avait juré de me protéger pour toujours venait de me lâcher.

Une lueur de remords a traversé ses yeux, et il a esquissé un geste pour m'aider à me relever.

J'ai fait semblant de ne rien voir et me suis relevée seule, serrant les dents malgré la douleur.

Daphné est sortie d'une pièce, s'accrochant au bras de Bastien avec une moue d'enfant gâtée :

« Choupette n'aime pas être à l'étroit. On ne pourrait pas lui donner une chambre plus grande ? »

Bastien lui a caressé les cheveux avec tendresse : « Très bien, on va installer Choupette dans la chambre d'amis qui vient d'être nettoyée. »

« Roxane, tu t'installeras au sous-sol. »

C'était tellement risible. À ses yeux, j'avais moins de valeur qu'un chien errant qu'ils venaient d'adopter.

En rangeant mes affaires dans cette pièce sombre, une odeur bizarre m'a sauté au nez.

En m'approchant, j'ai découvert une large tache d'urine sur un manteau rouge.

Ce manteau était un cadeau d'anniversaire de Bastien. Comme mon anniversaire tombait le jour de la mort de mon oncle et ma tante, mes parents m'interdisaient de le fêter.

Bastien me l'avait offert en cachette, les yeux brillants : « Roxane, je serai à tes côtés pour chacun de tes anniversaires. »

Visiblement, les promesses n'ont de valeur que tant que l'amour existe.

J'avais tellement chéri ce manteau que j'avais toujours eu peur de l'abîmer en le portant. Je ne le porterai donc jamais.

Chapitre 4 · verrouillé ici

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