Mon ex a choisi son meilleur ami séropositif, le retour du karmaChapitre 3
Environ 5 100 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Au même moment, les policiers venaient de faire sortir Bastien du bureau d'audition.
Il s'est précipité vers sa mère, blême.
« Maman, qu'est-ce que tu racontes ? Tu dis n'importe quoi juste pour qu'ils me fassent sortir plus vite, c'est ça ? » a-t-il lancé, visiblement fébrile.
En l'entendant, Célia a poussé un grand soupir de soulagement.
« Bastien... j'ai eu tellement peur pendant une seconde ! »
« Mais enfin, comment tu peux croire ça ? Je suis en parfaite santé », a assuré Bastien, tout en me jetant un regard en biais chargé d'angoisse.
Je n'ai pas cillé et j'ai quitté les lieux sans un mot.
Le soir, en rentrant chez moi, je suis tombé nez à nez avec lui devant mon immeuble.
De toute évidence, il m'attendait.
« Tu savais que j'avais le sida depuis le premier jour, pas vrai ? » a-t-il lâché, haineux.
En réalité, lors de son admission, j'avais consulté son dossier informatique national : cela faisait plus de deux ans qu'il était séropositif.
Une infection contractée par voie sexuelle.
Ce qui prouvait amplement qu'il multipliait les conquêtes sans la moindre protection.
Et Célia qui continuait de l'idolâtrer aveuglément...
« Mon travail consiste à soigner les urgences physiques de mes patients. Ce que tu as dans le sang ne me regarde absolument pas », ai-je rétorqué avec froideur.
« Mathieu, je te préviens : si tu oses cracher le morceau à qui que ce soit, et surtout à Célia, je t'attaque au Conseil de l'Ordre pour violation du secret médical », a-t-il menacé entre ses dents en me fixant méchamment.
Je l'ai ignoré et j'ai sorti mes clés pour déverrouiller la porte du hall.
Il m'a brusquement agrippé le bras, les yeux injectés de fiel.
« Célia est à moi. Tu ne l'auras plus jamais. »
Je me suis dégagé d'un coup sec et je suis entré.
Dans ma vie antérieure, c'est ce type qui avait aidé Célia à m'immoler.
Ces deux-là étaient capables des pires atrocités.
Je ne pouvais pas rester vivre ici. Il fallait que je déménage immédiatement.
Cet appartement m'appartenait, je l'avais acheté seul avec mes économies.
Je n'ai pas perdu une minute : dès le lendemain matin, j'ai emballé toutes les affaires de Célia dans des cartons que j'ai fait expédier par coursier chez ses parents.
Dans l'heure qui a suivi, j'ai mis l'appartement en vente sur une agence immobilière en ligne.
En attendant la signature, je logerais dans un studio de garde de l'hôpital.
Quelques jours plus tard, Bastien a reçu son bon de sortie. Célia avait acheté un énorme bouquet de fleurs pour célébrer l'événement dans le hall de notre clinique.
En m'apercevant au loin, son visage s'est éclairé d'une fierté insolente.
Elle a pris la main de Bastien, l'a attiré vers elle et lui a collé un baiser passionné sur la bouche.
« Bastien, pour fêter ta guérison, j'ai une surprise pour toi », a-t-elle déclaré d'une voix forte pour que tout le monde l'entende.
« Je t'aime depuis toujours. Est-ce que tu veux m'épouser ? »
Je me suis demandé si elle aurait toujours la même envie de l'épouser quand elle apprendrait la vérité sur son état de santé.
J'ai détourné le regard et j'ai continué à donner mes consignes à une infirmière.
Des applaudissements ont résonné dans le hall. J'ai jeté un coup d'œil distrait : Bastien serrait Célia dans ses bras et l'embrassait goulûment.
Puis, toute triomphante, elle l'a traîné jusqu'à mon comptoir.
« Mathieu, après tout ce qu'on a partagé, tu as bien mérité une invitation. Tu viendras à notre mariage, j'espère ? » a-t-elle lancé avec un sourire narquois.
Une idée a alors germé dans mon esprit.
J'ai souri poliment. « Avec plaisir. Je ne manquerais ça pour rien au monde. »
Le soir même, j'ai récupéré le numéro de Bastien et je lui ai envoyé un message :
« Franchement, je t'envie. Tu n'as levé le petit doigt pour rien et Célia est folle amoureuse de toi. »
Il n'a pas tardé à me répondre : « Qu'est-ce qu'il y a, tu rages ? Tu es jaloux ? »
« Pas du tout. Je suis juste admiratif de voir une femme t'aimer d'un amour aussi pur et inconditionnel, ai-je tapé en retour. Mais je me demande... si elle découvrait ta maladie, est-ce qu'elle t'aimerait toujours autant ? »
Il lui a fallu plusieurs longues minutes pour répondre :
« Bien sûr qu'elle m'aimerait. L'amour de Célia est sincère, elle ne me lâchera jamais. »
« Tu n'as pas envie de la tester ? Vous allez vous marier après tout. Si elle t'aime vraiment, savoir que tu es malade ne fera que décupler sa tendresse et son dévouement pour toi. Bon, après, si tu manques de courage pour savoir la vérité, oublie ce que j'ai dit. »
« Qui a dit que j'avais peur ?! »
« Je vais le faire ! Je lui annoncerai mon état en plein discours de mariage. Elle prendra encore plus soin de moi, tu verras. Crève de jalousie d'avance ! »
En voyant son message, j'ai éclaté d'un rire sans joie.
Je connaissais Célia mieux que personne : c'était la personne la plus hypocrite et la plus lâche qui soit face à la mort.
Je me souvenais encore de cette fois où j'avais attrapé une grippe carabinée : terrorisée à l'idée d'être contaminée, elle s'était barrée de chez nous pendant un mois entier.
Alors, face au sida de Bastien...
J'avais hâte d'admirer le spectacle.