Aller au contenu
Blogrolle FeuilletonRomans en feuilleton

Chapitre 2 / 3 · 0 %

J'ai élevé l'enfant de son premier amourChapitre 2

Environ 3 200 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.

Cette nuit-là, j'ai créé un compte secondaire et j'ai immédiatement ajouté le profil privé d'Adrien à mes favoris.

J'ai fait des captures d'écran de chaque publication, sans en rater une seule.

Dix minutes plus tard, une notification a vibré. Adrien venait de poster.

C'était la photo de Julian en train d'avaler ses pâtes.

La légende disait : *Petit secret partagé avec Julian aujourd'hui. Ça me rappelle le mot doux qu'on avait caché sous le vieux chêne.*

Comme une masochiste, j'ai relu ces mots encore et encore. Ils transpiraient l'amour fou, pur et obsessionnel pour une autre femme.

C'était par dévotion pour elle qu'il couvrait Julian d'une tendresse inconditionnelle.

Mais alors, moi ? J'étais qui là-dedans ?

Qui était cette femme qui l'avait soutenu depuis l'adolescence, qui avait bravé toutes les tempêtes à son bras, pour finalement ne même pas mériter une pauvre ligne sur son journal intime ?

Qu'est-ce que j'avais fait de mal ? Pourquoi m'infliger ça ?

Pourquoi est-ce qu'ils me traitaient tous les deux comme une intruse ?

Je suis restée assise pendant des heures, allant jusqu'à me demander si j'avais été une mauvaise partenaire, une mauvaise épouse ou une mauvaise mère.

Aucune réponse.

J'ai entendu Adrien m'appeler depuis le couloir. Quand j'ai ouvert la porte de la salle de bain, il s'est tourné vers moi avec son habituel sourire rassurant.

Toutes mes émotions — la rage, la rancœur, la panique, ce sentiment atroce d'humiliation — se sont bousculées dans ma poitrine, prêtes à exploser.

En voyant ses yeux clairs et innocents, j'ai failli lui hurler la vérité en pleine figure.

Au fond de moi, je savais ce qu'il fallait faire : jeter cette ordure à la poubelle et tracer ma route. Ne pas perdre une seconde de plus. Mais j'avais tellement la rage.

J'avais investi tellement de temps, d'argent et d'amour dans ce mariage. Comment pouvais-je simplement m'éclipser dans mon coin comme une perdante ?

Mais m'abaisser à me battre dans la boue, pour quoi faire ?

Pour le ruiner ? J'avais déjà mon propre argent.

Pour qu'il comprenne ses torts et revienne vers moi en rampant ? Que ferais-je de son amour usagé et sale ?

Armée de cette certitude, je suis sortie de la pièce et je me suis plantée devant lui.

— Adrien, on divorce.

Dès que ces mots ont franchi mes lèvres, il s'est figé. Et moi aussi.

Je ne pensais pas que ce serait si facile à prononcer.

Depuis que j'avais vu ce compte, une chape de plomb m'écrasait les poumons.

Mais là, balancer le mot « divorce » m'apportait un soulagement inattendu au milieu de la douleur.

Adrien semblait complètement perdu. Il a fait un pas pour me prendre dans ses bras, mais j'ai reculé d'un coup sec. Il est resté planté là, l'air désemparé. Pendant une seconde, j'ai presque applaudi son talent d'acteur.

— Caroline, dis-moi au moins pourquoi ?

— Ça fait quatorze ans qu'on est ensemble. On ne s'engueule jamais. Nos seuls désaccords, c'est pour l'école de Julian.

— C'est pour son inscription au foot ? Tu trouves que je n'ai pas respecté ton avis ? On peut en discuter !

— Je ne divorcerai jamais, Caroline. On a un enfant qu'on a élevé ensemble. On a une famille magnifique.

J'ai laissé échapper un rire méprisant :

— Un enfant ?