Condamnée, ma famille m'a laissée mourirChapitre 1
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Je suis en train de mourir.
Ma mère, Éléonore, est une oncologue de renommée mondiale, spécialiste du cancer de l'estomac. Et pourtant, c'est sous son propre toit que j'ai développé cette maladie.
Chaque fois que je lui disais que j'avais mal, elle se contentait de ricaner en me répétant d'arrêter ma comédie, parce que mon jeu d'actrice faisait pitié.
Mon frère aîné, Alexandre, est inspecteur de police. Il a protégé d'innombrables citoyens dans cette ville, mais il ne m'a jamais protégée, moi. Il est resté là, les bras croisés, à regarder des ravisseurs m'embarquer.
Mon second frère, Nikolaï, est médecin légiste. Un jour, je lui ai envoyé un message : « Quand je serai morte, est-ce que tu feras mon autopsie pour prouver que je ne mentais pas ? »
Il n'a répondu qu'un seul mot : « Répugnante. »
Alors, après ma mort, mon père, Richard, un brillant avocat, est tombé sur les papiers de rupture familiale que j'avais laissés derrière moi. Il ne manquait qu'une seule signature : la sienne.
Il a froncé les sourcils et a déchiré les feuilles en mille morceaux. Même morte, il refusait de me libérer.
Je suis sortie de l'hôpital, complètement vide, les yeux fixés sur les résultats d'examens entre mes mains.
Cancer de l'estomac en phase terminale. Les métastases se propageaient déjà.
Un malheur n'arrive jamais seul. Je venais de l'apprendre à mes dépens.
Perdue dans mes pensées, j'ai bousculé un adolescent sans faire exprès.
J'ai vite refermé mon dossier, balbutié une excuse et fait demi-tour.
Il a aperçu l'en-tête de l'hôpital dans ma main et m'a regardée avec une pitié sincère : « Ce n'est rien, t'inquiète. »
Je suis rentrée chez moi comme un automate. La nuit tombait, et la maison familiale brillait au loin de mille lumières chaleureuses. Dommage qu'aucune de ces lumières ne brille pour moi.
Je suis restée un moment sur le pas de la porte à écouter les éclats de rire à l'intérieur. Mais dès que j'ai poussé la porte, un silence de mort est tombé sur la pièce.
Éléonore s'est retournée, le regard flamboyant de rage.
« Tu savais très bien que c'était l'anniversaire d'Élysia aujourd'hui, et tu te pointes à cette heure-ci ? Tu fais exprès de gâcher notre fête de famille ? »
Le salon était envahi de ballons et de guirlandes. Un gâteau immense à sept étages trônait sur la table de la salle à manger.
Richard, Éléonore, Alexandre et Nikolaï me fixaient tous avec un agacement profond.
Ma sœur, Élysia, était assise au milieu d'eux telle une princesse entourée de sa cour. Elle m'a adressé un sourire doux et bienveillant.
« Maman, ce n'est pas grave. Léna avait peut-être un imprévu très important ? »
Son petit air de fille compréhensive a immédiatement suscité des hochements de tête approbateurs dans toute la famille.
Nikolaï a ricané : « Qu'est-ce qu'elle pourrait bien avoir de si important à faire ? »
Ma famille me déteste depuis le jour de ma naissance.
Éléonore attendait des jumelles. Mais ma sœur, Ange, est née très faible. Ils se sont mis en tête que j'avais volé tous les nutriments dans le ventre de notre mère, ce qui aurait provoqué la mort d'Ange moins de vingt-quatre heures après l'accouchement.
Mes parents m'ont alors refourguée à mes grands-parents. Mais avant même que je n'aie un mois, ils sont tous les deux morts dans un terrible accident de voiture. À partir de là, tout le monde m'a traitée de malédiction vivante.
Dans mes souvenirs, Éléonore m'a toujours regardée avec dégoût, pleurant sur les vêtements de bébé qu'elle avait préparés pour Ange.
Quand j'ai eu cinq ans, Richard a ramené une petite fille d'un orphelinat. Elle était née exactement le même jour que moi.
C'était Élysia. Ils ont déversé sur elle tout l'amour qu'ils auraient dû donner à Ange, multiplié par dix.
Ma mère est une spécialiste réputée du cancer de l'estomac, et pourtant, j'ai développé un cancer en phase terminale sous ses yeux sans qu'elle ne voie rien.
Quelle ironie.
J'ai ouvert la bouche, mais aucun son n'est sorti au début. Finalement, j'ai murmuré cette même supplication que j'avais répétée des milliers de fois : « Maman, j'ai vraiment mal au ventre. »
Éléonore a levé les yeux au ciel, le visage tordu de mépris. « Et voilà, ça recommence. Arrête ton cinéma, tu fais pitié. »
Le compte rendu de l'hôpital dépassait clairement de mon sac, mais aucun d'eux n'a daigné baisser les yeux pour le regarder.
Alexandre m'a jeté un regard glacial : « Il faut toujours que tu t'inventes une maladie le jour de l'anniversaire d'Élysia pour attirer l'attention ? »
Nikolaï a fait claquer sa langue d'agacement : « Si Élysia n'avait pas insisté pour qu'on t'attende avant de couper le gâteau, on aurait commencé depuis des heures ! »
Élysia en a rajouté une couche, m'offrant un sourire mielleux :
« Ce n'est pas grave, Léna. Je sais que tu ne te sens pas bien. Prends soin de toi. »
Richard a froncé les sourcils et a ordonné d'un ton sec : « Tu comptes bouder encore longtemps ? Viens ici tout de suite ! »
Je me suis approchée et j'ai lu les lettres élégantes tracées sur le glaçage : *Joyeux anniversaire Élysia !*
Pourtant, aujourd'hui, c'était aussi mon anniversaire...
Élysia a pris le couteau, a découpé la part où figurait son prénom et me l'a tendue avec un sourire triomphant.
« Joyeux anniversaire, Léna. »
Ses yeux pétillaient de fierté. Ma famille lui organisait une fête grandiose, oubliant complètement que j'étais née le même jour.
Ou peut-être qu'ils ne l'avaient pas oublié. Ils s'en fichaient, tout simplement.
Voyant que j'hésitais, la voix d'Éléonore s'est faite tranchante : « Tu as les bras cassés ? Tu vas laisser Élysia tenir cette assiette encore combien de temps ? »
Les autres me foudroyaient du regard, comme si j'étais en train de torturer leur petite princesse adorée.