Mon père m'a remplacé par son gigoloChapitre 3
Environ 4 700 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Les gardes m’ont immédiatement lâché. Mon père s'est précipité vers moi, m’a relevé et m’a chuchoté furieusement à l’oreille :
— Pourquoi tu cherches la merde ? Tu gâches la fête de tout le monde !
— C’est ton frère, t’avais qu’à lui laisser la place !
— Heureusement que je suis arrivé à temps. J’aurais eu le cœur brisé s'il t'était arrivé quelque chose !
Je le regardais jouer son rôle de père dévoué avec éœurement.
Si je n'avais pas vécu ma mort dans ma vie antérieure, je n'aurais jamais cru que cet homme était le commanditaire de mon meurtre.
J'ai repoussé sa main avec dégoût et j'ai lâché d'un ton glacial :
— Quel frère ? Je suis le fils unique des Moreau. J’ai pas de frère !
— Un bâtard dans son genre n’a même pas le droit de franchir le pas de notre porte !
Affiché en plein public, mon père est devenu rouge écarlate.
— Espèce de sale gosse !
Il m’a collé une baffe monumentale avant de me pointer du doigt :
— Je viens pour te sauver la mise, et t'oses traiter mon fils de bâtard ?!
— T’es qu'un simple stagiaire, et tu te permets de prétendre faire partie des Moreau ? T'en as marre de vivre ou quoi ?!
Léane s'est empressée d'en rajouter une couche :
— Exactement ! Ce taré débarque et nous tape un scandale !
— Prétendre qu'il est l'héritier légitime... quelle blague !
— Tu crois que mon père et moi, on n'est pas foutus de reconnaître notre propre famille ?
Elle croyait avoir le vent en poupe, la voix pleine de venin. Je trouvais ça pathétique. Je l'ai fixée et j'ai dit :
— Ta famille ? Léane, t’as oublié que t’es juste une orpheline qu’on a ramassée ?
— Si je ne t'avais pas choisie à l'époque, ma mère ne t’aurait jamais adoptée !
— Maintenant que t’es grande, tu jettes toute notre générosité à la poubelle !
Léane est devenue blanche comme un linge, puis rouge de rage. Ses origines étaient son pire complexe.
Pour elle, être adoptée était une tare honteuse. Se le faire balancer devant tout le monde lui a presque fait perdre la tête.
Victoria s'est empressée de voler à son secours :
— Et alors si Léane est adoptée ? Elle est reconnue par les Moreau, ce qui la rend mille fois supérieure à une racaille dans ton genre !
En la voyant prendre sa défense, j'ai laissé échapper un rire grinçant.
Elle ne se doutait pas une seule seconde que Léane et Valentin couchaient déjà ensemble.
À l'époque où Valentin tapinait dans son club, il ne faisait rien de très net, et ces deux-là avaient passé un paquet de nuits dans le même lit.
Valentin m'a pointé du doigt en haussant la voix :
— Même si Léane est adoptée, c’est ma sœur. T’es qui pour lui parler sur ce ton ?
Il était tellement plongé dans son rôle qu'il croyait sincèrement être le maître des lieux.
J’ai balayé son bras d'un revers sec :
— Parce que je suis l'unique héritier du Groupe Moreau !
— La fortune appartient à ma mère et à moi. Un gigolo entretenu qui s'est marié pour l'argent et une gamine adoptée ne sont rien du tout !
— Si je veux vous dégager, je peux vous mettre à la rue en deux secondes !
Ces mots ont fait disjoncter mon père. Il m'a giflé à plusieurs reprises avant de m'enfoncer le pied dans les côtes en hurlant :
— Je savais bien que t’étais qu'un ingrat !
— Ça fait des années que je suis marié avec Éléonore ! On est mari et femme ! Cette boîte m'appartient autant qu'à elle !
— Je te le dis bien en face : cette entreprise est à moi, et elle reviendra à Valentin plus tard. C'est toi qui vas te faire dégager !
Parce qu'il s'était marié au-dessus de sa condition, et bien qu'il porte un titre de directeur, ses compétences étaient ridicules comparées à celles de ma mère.
Toutes ces années passées à être traité d'homme entretenu avaient nourri en lui une rancœur maladive.
Maintenant que j'avais appuyé là où ça faisait mal, ses yeux injectés de sang ne voyaient plus rien. Il m'a roué de coups de pied.
Mon corps me faisait atrocement souffrir, et j'ai craché une gorgée de sang sur le parquet. Mais il s'en foutait complètement.
Victoria m'a jeté un regard écoeuré et a fait un geste de la main :
— Dégagez-le d'ici. Il me donne envie de vomir.
J'ai regardé les sourires satisfaits de Valentin et de Léane, et j'ai murmuré doucement :
— Vous vous êtes demandé ce qui va se passer quand ma mère rentrera et découvrira tout ce que vous avez fait ?
Le visage de mon père s'est crispé, puis un éclat assassin a traversé son regard.
— T'es complètement siphonné, tu débites n'importe quoi !
— Attachez-le et foutez-le dans un asile psychiatrique ! Qu'il n'en sorte pas tant qu'il n'est pas guéri !
En voyant cette lueur meurtrière, j'ai su qu'il voulait ma peau.
Alors que je calculais comment me barrer de là, les portes massives de la salle ont volé en éclats dans un fracas assourdissant.
— J’aimerais bien voir lequel d’entre vous aura le cran d’envoyer mon fils en asile !