Son infidélité l'a condamné, j'ai hérité de son empireChapitre 2
Environ 4 900 signes. C’est le dernier des 2 chapitres offerts ici ; le chapitre 3 se lit dans l’application officielle.
Pendant cinq jours d'affilée, Bastien n'est pas rentré.
Mais sa maîtresse, comme s'il lui avait donné carte blanche, m'envoyait des messages et des vidéos à intervalles réguliers.
« Il m'a dit que j'étais exactement le genre de femme qu'il lui fallait. »
« Il m'a dit qu'il en avait marre depuis des années d'une femme d'intérieur invisible comme toi. »
« Il ne rentre pas non plus ce soir. Tu ne te sens pas trop seule dans ton grand lit ? »
Je n'ai pas répondu à un seul message.
Je prenais juste mes médicaments à l'heure, faisais mes examens de contrôle, dormais sur mes deux oreilles, et demandais à mon assistant de classer et d'archiver toutes ses captures d'écran.
Le sixième soir, Bastien m'a appelée.
J'étais à l'hôpital à ce moment-là, je venais de terminer une série de tests et j'attendais les résultats sur un banc dans le couloir.
Sa voix au téléphone était rauque, fatiguée par les excès.
« Margaux », a-t-il dit. « Quelqu'un s'est amusé à prendre des photos d'Inès et moi ces derniers temps. On a une interview demain ; j'ai besoin que tu viennes au bureau pour m'aider à calmer le jeu. »
Je suis restée silencieuse deux secondes.
« Calmer le jeu comment ? »
« Dis juste que c'est un malentendu, qu'elle est seulement une étudiante que je parraine via notre fondation, et que tu étais là toi aussi », il a marqué une pause. « Tu sais, elle est jeune, elle ne supporte pas toute cette pression médiatique. »
J'ai baissé les yeux sur les marques d'aiguilles encore visibles sur le dos de ma main.
« D'accord », ai-je dit.
Un soupir de soulagement s'est fait entendre à l'autre bout du fil.
« Tu es toujours si compréhensive », a-t-il dit d'un ton adouci. « Et si je rentrais ce soir pour passer du temps avec toi ? Ça fait un moment qu'on n'a pas... »
« Je ne suis pas très disponible ces jours-ci », l'ai-je coupé en baissant les yeux. « J'ai mes règles. »
Le silence s'est installé un court instant.
« ...D'accord. » Il avait l'air un peu agacé, mais a vite repris son ton mielleux. « Repose-toi bien alors, et ne te prends pas la tête. »
Après avoir raccroché, j'ai regardé l'écran noir et j'ai eu envie de rire.
Il pensait que je me préservais pour lui.
Il n'avait aucune idée d'à quel point il me dégoûtait.
Le lendemain, l'interview était organisée dans le hall du siège de Laurent Corp.
Les médias s'étaient déplacés en masse, braquant caméras et micros sur nous, le « couple modèle ».
J'ai passé mon bras sous le sien, mon maquillage était impeccable, mon sourire doux et digne.
Quand les journalistes l'ont interrogé sur les rumeurs, il m'a jeté un regard instinctif.
Je lui ai pris le micro des mains.
« Tout cela n'est qu'un malentendu », ai-je déclaré, avec un sourire parfaitement maîtrisé. « Mademoiselle Mercier est une étudiante parrainée par mon mari. Elle a eu des soucis de santé, et il s'est montré bienveillant à son égard, comme il se doit. Quelques photos ont été sorties de leur contexte pour en faire un drame. J'espère que nous pouvons maintenant tourner la page. »
Un journaliste a insisté : « Madame Laurent, cela ne vous dérange vraiment pas ? »
J'ai tourné la tête vers Bastien, le regard plein de dévotion et de confiance.
« Bien sûr que non, j'ai une confiance aveugle en lui. »
À cet instant, j'ai senti sa poigne se serrer nettement sur mon poignet.
Mais au milieu de l'interview, son téléphone a vibré.
Le visage de Bastien s'est décomposé instantanément.
Il s'est levé, sans même m'accorder un regard.
« Veuillez m'excuser, une urgence absolue vient de survenir. » Il a jeté ces mots à l'animatrice avant de tourner les talons.
Je suis restée assise, le micro toujours à la main.
La foule de journalistes a commencé à s'agiter.
Quelqu'un a crié : « Monsieur Laurent, est-ce au sujet de Mademoiselle Mercier ? On dit qu'elle vient d'être hospitalisée d'urgence ! »
Il a marqué un temps d'arrêt d'une seconde, puis est parti sans se retourner.
Je suis restée là, seule sous les projecteurs, à réparer ses conneries, continuant de jouer le rôle de l'épouse dévouée.
Après coup, Thomas, mon assistant, m'a demandé prudemment : « Madame Laurent, vous allez bien ? »
Je me suis levée, j'ai lissé ma robe et j'ai souri.
« Je vais à merveille. »
Et c'était vrai.
Parce que je savais qu'il venait de me faire franchir un pas de plus vers la ligne d'arrivée.
Ce soir-là, il n'est pas rentré.
Il m'a juste envoyé un message : « Elle a une très forte fièvre. Je suis à l'hôpital. Dors sans m'attendre. »
J'ai répondu par un simple : « D'accord. »
Puis, après réflexion, j'ai ajouté : « Ma mère ne va pas très bien. Je dois retourner chez mes parents dans le Sud demain pour environ un mois. »
« Tu veux que je t'accompagne ? »
« Rien de grave, je m'en occupe. »
« Ok. »
J'ai posé mon téléphone en soupirant doucement, puis j'ai reporté mon attention sur le rapport médical qui venait d'arriver sur mon bureau.
La conclusion était sans appel : Période d'incubation terminée. Le virus est désormais transmissible.