Elle a donné notre fils à son meilleur amiChapitre 3
Environ 3 500 signes. C’est le dernier des 3 chapitres offerts ici ; le chapitre 4 se lit dans l’application officielle.
Cette souffrance atroce m'a immédiatement fait penser à Milo. C'était un petit garçon si doux, si sage. Il devait être terrifié en ce moment même.
Je me suis rappelé à quel point Clara avait changé le jour où elle était allée chercher Valentin à l'aéroport.
Du jour au lendemain, j’avais cessé d’exister à ses yeux. Et elle ne calculait presque plus notre fils.
Jusqu'à cette fameuse soirée, une semaine plus tôt. Clara, qui avait été aux abonnés absents pendant des semaines, était rentrée bizarrement tôt et avait préparé un grand dîner.
Elle s'était excusée à voix basse, prétendant que son travail l'avait accaparée et qu'elle nous avait négligés.
Milo était si heureux ce soir-là. Mais du haut de ses trois ans, il ne comprenait pas : quel genre de "travail" pousse une mère à ignorer son enfant pendant trois mois entiers ?
Pourtant, malgré ce mensonge grotesque, j’avais choisi de faire semblant d'y croire. Pour sauver les meubles. Pour ma famille.
Depuis le retour de Valentin, elle n'avait pas partagé un seul repas avec notre fils.
J'avais fait de mon mieux pour arrondir les angles. Même quand Milo pleurait sa maman le soir, je passais des heures à le bercer pour le consoler.
Mais maintenant, les pièces du puzzle s'assemblaient enfin.
Tout ça, c'était à cause d'un autre homme.
Ce fameux dîner de famille avait d'ailleurs été interrompu par un appel de Valentin avant même qu'on touche à nos assiettes.
La voix brisée et déprimée de Valentin au bout du fil avait immédiatement fait paniquer Clara. Elle avait sauté sur ses clés de voiture et s'était enfuie sans un regard en arrière.
Me laissant seul avec mon amertume, face à un petit garçon le cœur en miettes.
Sur le carrelage de l'entrée, la traînée de sang était impossible à ignorer. Clara l'a enfin remarquée, et sa prise sur mes cheveux s'est desserrée.
Elle a hésité, l'air troublé :
— Tu… tu es vraiment blessé ?
Je n’ai pu lâcher qu’un rire sans joie.
Quand on s’était mariés, on s'aimait tellement fort.
Le monde de Clara ne tournait qu'autour de moi. À l'époque, sans parler d'une mare de sang, elle paniquait au moindre petit bleu sur mon bras.
Et aujourd'hui ?
Toutes nos promesses s'étaient transformées en déchets.
Un pli d'agacement a barré son front tandis qu'elle ramassait ses clés de voiture.
— C’est bon. Si tu avais mal, tu n’avais qu'à le dire plus tôt au lieu de faire la victime. Viens, je t'emmène aux urgences.
Je n'ai pas discuté. Je l’ai laissée m'aider à descendre jusqu’à sa voiture.
En m’asseyant sur le siège passager, j’ai découvert que l’intérieur de l'habitacle avait lui aussi été entièrement colonisé.
Sur le tableau de bord trônait un diffuseur de parfum d'une marque australienne haut de gamme — là d'où Valentin venait de débarquer.
Et coincé dans le coin du rétroviseur intérieur, il y avait un polaroid d'elle et Valentin, hilares et enlacés.
Voyant mon regard fixé sur le cliché, Clara a paru légèrement mal à l'aise.
— Ne te fais pas des films. C'est juste une photo souvenir débile entre potes. Il l'a collée là pour rigoler.
— Si ça te pose un problème, je peux l'enlever… ?
J'ai posé ma tête contre la vitre froide, fermant les paupières pour fuir la lumière.
— Laisse. Conduis-moi juste à l'hôpital.
J'étais un homme, comment aurais-je pu ne pas voir clair dans le jeu de Valentin ?
Il grignotait mon territoire petit à petit, marquait son espace et me narguait en toute impunité.
Autrefois, j’aurais pété un câble. J'aurais hurlé.
Mais là ? Je ne voulais plus de cette femme. Tout ce qui la concernait m’était devenu totalement indifférent.