Cinq ans d'amour, ans de mensongesChapitre 2
Environ 4 300 signes. Chapitre 2 sur les 3 offerts ici.
Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais dans un lit d'hôpital, un cathéter planté dans le bras.
L'infirmière venait de changer ma perfusion. En me voyant éveillée, elle m'a souri avec bienveillance :
— Vous avez fait un choc anaphylactique après avoir mangé des cacahuètes. Heureusement que votre copain vous a amenée aux urgences à temps.
J'étais sonnée.
Je comprenais enfin pourquoi je m'étais sentie si mal tout à l'heure.
Je pensais que mon malaise venait du dégoût que m'inspirait Julien.
En fait, c'était une réaction allergique causée par le plat à emporter qu'il avait commandé pour notre dîner.
Quelle ironie.
Cinq ans de vie commune, et il n'était même pas foutu de se souvenir de mon allergie mortelle aux arachides.
Par contre, il n'avait pas oublié une seule fois en cinq ans d'envoyer de l'argent à son ex pour « soulager sa conscience ».
La porte s'est ouverte. Julien est entré avec mes papiers de sortie et les ordonnances.
Il s'est précipité vers moi, l'air bouleversé :
— Tu es enfin réveillée ! Comment tu te sens ? Tu as mal quelque part ?
— Je m'en veux tellement, Camille... C'est ma faute, j'ai complètement zappé de vérifier les ingrédients du repas.
Il a posé sa main chaude sur la mienne, un geste autrefois réconfortant.
Mais aujourd'hui, je ne ressentais plus la moindre étincelle pour lui.
J'ai retiré ma main froidement.
L'infirmière est sortie, nous laissant seuls dans la chambre.
Nous qui parlions de tout d'habitude, nous étions désormais enfermés dans un silence étouffant.
C'est lui qui a fini par craquer :
— Je sais que tu m'en veux à mort, mais laisse-moi t'expliquer.
J'ai fermé les yeux, la gorge serrée :
— M'expliquer quoi ? Tout est déjà limpide.
Il a sorti son téléphone et me l'a tendu :
— Regarde. À part ces virements et les vœux pour les fêtes, on ne s'est jamais rien dit d'autre. Je n'ai jamais dépassé les bornes, je ne t'ai pas trompée.
Je l'ai fixé en silence.
Il disait vrai : pas de textos ambigus, pas de mots d'amour explicites.
Mais cela ne le rendait pas innocent pour autant.
Envoyer de telles sommes avec des messages attentionnés pour chaque date symbolique, c'est ce qu'on fait pour la femme de sa vie.
Moi, je n'avais jamais eu droit à un dixième de ces efforts.
Pendant toutes ces années, je n'avais jamais rien exigé.
La seule fois où nous avions abordé la question du romantisme, c'était lors d'une soirée entre amis autour d'un jeu de société. Il avait levé les yeux au ciel en affirmant que les cadeaux et les surprises n'étaient que des futilités pour adolescents.
Pour détendre l'atmosphère, j'avais ri avec les autres en disant que moi non plus, ça ne m'intéressait pas.
Je m'étais convaincue qu'il ne servait à rien de le forcer.
Au final, j'étais juste le dindon de la farce.
J'ai regardé son écran et j'ai demandé d'une voix blanche :
— Ton pseudo sur les réseaux, il a un lien avec elle aussi ?
Julien s'est figé.
Sans attendre sa réponse, j'ai enchaîné :
— Ton pseudo, ton fond d'écran, tes comptes de jeux vidéo... Tout est lié à elle, n'est-ce pas ?
Il a baissé la tête, la voix à peine audible :
— C'était juste une habitude... J'avais la flemme de changer.
J'ai éclaté de rire. Un rire amer et sans joie.
— La flemme ?
— Julien, je t'ai demandé dix fois de mettre une photo de nous deux en fond d'écran. Tu refusais à chaque fois en me disant que c'était gamin et inutile.
Son visage est devenu livide :
— Je pensais vraiment que c'était des détails sans importance...
Mes lèvres ont tremblé, mais aucun son n'est sorti.
Un sentiment d'impuissance absolue m'a submergée.
Pour lui, tout ce qui me concernait n'était qu'un détail sans importance.
Alors, j'étais quoi pour lui ? Une remplaçante pratique et accommodante ?
Je n'avais même plus la force de crier.
— Sors. J'ai besoin de me reposer.
Il a voulu insister :
— Camille, je t'assure que cet argent, c'était juste pour tenir un engagement...
— Dehors ! ai-je craché en attrapant le tuyau de ma perfusion. Si tu ne sors pas tout de suite, j'arrache tout et je pars moi-même !
Voyant que j'étais prête à le faire, il a levé les mains en panique :
— Ne fais pas de bêtises ! Je m'en vais. Repose-toi, je reviens demain matin.
J'ai détourné le visage.
Dès que la porte s'est refermée et que le calme est revenu, j'ai lâché la perfusion et j'ai laissé couler mes larmes.
Julien me cachait encore des choses.
Et j'allais découvrir la vérité par moi-même.